Adieux à Montréal: l’ultime salut de la pianiste Janina Fialkowska à sa ville natale

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Au bout du fil, depuis sa résidence paisible située en Allemagne, «non loin de Munich», la pianiste de renommée internationale Janina Fialkowska, Montréalaise d’origine, respire la sérénité.

Âgée de 75 ans, la virtuose s’apprête à faire ses adieux au public québécois, le 2 octobre prochain, à la Maison symphonique, une décision mûrement réfléchie.

Après plus de cinq décennies à faire vibrer les grandes salles du globe, elle se réjouit du chemin parcouru et nous confie ses états d’âme, à l’approche de son ultime concert dans sa ville natale.

«Ne pas fermer la porte à tout»

«Ma décision de ne plus faire de tournées, je la mijote depuis 2 à 3 ans. Il ne faut pas oublier que jouer du piano, c’est aussi une question de muscles qui se transforment au fil des ans. Alors, je crois que c’est le bon moment pour moi d’arrêter», résume l’ancienne protégée du légendaire Arthur Rubinstein.

«D’ailleurs, je ne peux pas dire que j’arrête complètement», précise la musicienne qui continue de prodiguer ses conseils aux jeunes pianistes qui la visitent dans sa maison en Bavière. «Par contre, je vais cesser les longs voyages. C’est de plus en plus difficile pour moi de traîner mes valises d’une ville à l’autre», reconnaît l’artiste qui a survécu à une tumeur cancéreuse au bras gauche, détectée en 2002.

Depuis ce temps, des mélomanes d’un peu partout sur la planète ont salué à maintes reprises le courage dont elle a fait preuve après avoir subi une intervention chirurgicale visant à reconstruire son bras qui fut, un temps, presque inutilisable.

Durant ses dix-huit mois de convalescence, elle a continué de donner des concerts en Europe et en Amérique du Nord. Elle y a accompli un véritable tour de force : interpréter des œuvres écrites spécifiquement pour la main gauche seule — comme les concertos de Ravel et de Prokofiev — en les adaptant pour les jouer uniquement avec sa main droite.

Cette même force de caractère teintée d’espoir se ressent toujours lorsqu’elle pose un regard réaliste sur le monde actuel. «Quand je regarde les nouvelles, il me semble que la guerre gagne du terrain! D’ailleurs, là où je vis, nous ne sommes qu’à quelques heures de route de l’Ukraine! Mais, malgré tout, je suis heureuse d’entrer dans une nouvelle période où, étant plus sédentaire, je vivrai moins de stress, tout en continuant d’accorder une grande place à la musique!»

Chopin dans le sang et dans l’âme

Née d’une mère canadienne et d’un père polonais, Janina Fialkowska est reconnue, notamment, pour ses interprétations d’œuvres de Chopin. Dès 1977, elle a d’ailleurs enregistré un album de pièces de ce compositeur pour la prestigieuse étiquette RCA Red Seal. 

Parmi les moments de sa carrière qui lui ont apporté les plus grandes satisfactions, elle se souvient avec émotion de son enregistrement en public des deux concertos de Chopin avec l’Orchestre symphonique de Vancouver, en 2010, publié chez ATMA Classique.

Plusieurs critiques avaient encensé cette performance, certains ajoutant que le retour de Fialkowska, après sa guérison du cancer, avait été l’une des grandes joies de l’année du bicentenaire de Chopin.

« Ce concert fut l’une des plus grandes expériences de mon parcours! J’étais incroyablement nerveuse, mais c’était tellement excitant! »

Boucler la boucle avec une œuvre de ses 15 ans

Pour son ultime communion avec le public de sa terre natale, Janina Fialkowska jouera une partition qu’elle porte en elle depuis son adolescence : le Concerto pour piano nº 4 de Beethoven. « Je l’ai appris lorsque j’avais 15 ans et je l’ai joué plus d’une trentaine de fois sur scène. »

À ses yeux, cette œuvre possède une lumière unique dans le répertoire du compositeur. « C’est le plus lyrique des concertos de Beethoven. Il n’est pas en colère ; c’est tout simplement beau. On y découvre un Beethoven de bonne humeur », explique-t-elle avec un sourire dans la voix.

Beethoven & Fialkowska

Un concert de : L’Orchestre classique de Montréal (OCM)
Sous la direction de : Andrei Feher

En vedette : Janina Fialkowska (Concert d’adieux montréalais)
Date et heure : Le 2 octobre à 19 h 30
Lieu : Maison symphonique de la Place des Arts
Programme : Concerto pour piano nº 4 et Symphonie nº 7 de Beethoven et Stride d’Anna Clyne

*Photo fournie par l’OCM

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