«Nos espoirs furieux» : de la colère à la fatigue

Spectacle multidisciplinaire, à La Chapelle Scènes contemporaines

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Comment mettre en scène la fin d’un monde sans tomber dans le déjà-vu ? C’est le défi que la compagnie La Fratrie semble tenter de relever avec Nos espoirs furieux, à l’affiche à La Chapelle Scènes contemporaines, jusqu’au 15 septembre.

Sur papier, l’offre est alléchante. Après avoir triomphé, le printemps dernier, avec un brillant Macbeth circassien pour les finissants de l’École nationale de cirque, Alex Trahan propose, cette fois-ci, un spectacle multidisciplinaire explorant la notion d’espoir. 

Malgré la diversité des talents des six artistes réunis pour cette production alliant théâtre, danse et cirque, l’exercice laisse perplexe…

Un tableau sombre dans un décor blanc

Dans le programme du spectacle, on nous propose: «Une expérience scénique sensorielle qui transforme la paralysie collective en énergie créatrice. Devant l’état du monde actuel où notre lucidité se transforme facilement en fatigue et notre compassion en impuissance», le créateur nous invite à prendre part à sa réflexion : «[…] transformer le désespoir en élan, la colère en action.»

À vrai dire, il me semble que rien de tout cela ne se produit dans ce spectacle sombre dominé par le défaitisme. S’il est irréfutable que les enjeux environnementaux sont alarmants, tout comme les tensions incessantes qui menacent des peuples entiers, à quoi bon crier à maintes reprises qu’on est «fatigué!» de vivre dans un monde vacillant?

L’urgence climatique est un sujet archiconnu. Alors, est-ce réaliste de penser qu’on peut sortir les gens de leur présumée léthargie en vociférant qu’«on n’a plus de temps» et même en rabrouant une spectatrice qui prétend le contraire? Agacée devant cette opinion dissidente d’une dame assise à la première rangée, le soir de la première, une comédienne lui a lancé une condamnation sans appel: «Si tu as du temps, c’est parce que tu es riche!» Ouf! On repassera pour les nuances!

Le tout se déroule dans un imposant décor blanc qui est vite sali, notamment, par des giclées de peinture, à l’image de notre planète en péril. Cet environnement visuel a beau être un pilier du spectacle, hélas, il ne nous apprend rien.

Pour ce qui est de la distribution inégale de cette production, on retient surtout l’élégance du jeu de Manon Lussier. Son personnage de boomeuse, qui veut simplement continuer de profiter de la vie, est toutefois blâmé implicitement dans ce texte qui manque de recul face à l’histoire.

Un auteur ne devrait-il pas savoir que devant l’inconnu, les humains craignent généralement le pire. Or, que serait-il arrivé si on avait baissé les bras en criant «fatigué!», devant les risques réels de guerre nucléaire, durant la crise des missiles de Cuba, en 1962?

C’est une vérité de la Palice: à chaque risque de bouleversement, on s’affole et c’est sans doute salutaire, à condition de savoir se ressaisir. A-t-on déjà oublié les scénarios-catastrophes qui se sont emparés de la planète au début de 2020, devant les ravages de la COVID? Heureusement, on a cherché des solutions et on en a trouvé, si imparfaites soient-elles.

Malheureusement, on ne sent pas cette volonté de résilience dans Nos espoirs furieux, un scénario qui tourne en rond sans émouvoir.

Nos espoirs furieux

Texte et mise en scène: Alex Trahan

Interprètes: Yuma Arias, Chloé Barshee, Stacey Désilier, Manon Lussier, Patrick R. Lacharité, Daniel Stefek

À La Chapelle Scènes contemporaines

8-9-11 et 15 septembre à 19h30 + 12 septembre à 16h

*Photos de Maxim Paré-Fortin

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