L’Orchestre symphonique de Montréal a vu juste avec sa production de l’opéra Così fan tutte, audacieusement mise en espace par le baryton Thomas Hampson qui, en plus, interprète le rôle de Don Alfonso. La sublime musique de Mozart demeure la même, mais la plupart des récitatifs ont été remplacés par une narration en français. Visiblement, l’acteur Frédéric Desager a un plaisir fou et communicatif à résumer l’action, juste avant l’exécution des nombreuses scènes loufoques du livret en italien de Lorenzo da Ponte.
De plus, avec certains éléments de costumes à tout le moins inattendus, on arrive même à donner une couleur typiquement montréalaise à ce spectacle qui a tenu les mélomanes en haleine pendant plus de 2 heures et demie, mercredi soir. Ce sera d’ailleurs partie remise, vendredi, à la Maison symphonique.

Les Alouettes s’invitent à l’opéra…
Così fan tutte (Ainsi font-elles toutes) aborde avec humour la question de l’infidélité féminine. Après l’ouverture très entraînante dirigée par un Rafael Payare débordant d’énergie, on plonge tout de suite dans le vif du sujet.
Le cynique Don Alfonso contredit ses amis Ferrando et Guglielmo qui sont convaincus de la fidélité de leurs fiancées. L’homme d’âge mûr, pour qui la fidélité des femmes relève de l’utopie, lance alors un pari aux deux jeunes amants. Il leur propose de mettre à l’épreuve la loyauté de leurs bien-aimées, Fiordiligi et Dorabella.
C’est ainsi que Ferrando et Guglielmo feignent de partir à la guerre et reviennent déguisés pour tenter de conquérir la promise de l’autre. Pour ajouter à cette situation saugrenue, leur déguisement est, en fait, un chandail des Alouettes de Montréal!
Humour et rythme!

Non seulement on rit beaucoup des pitreries des acteurs-chanteurs, mais les interventions humoristiques de l’excellent narrateur, Frédéric Desager, permettent au public de comprendre à l’avance les scènes plus ou moins invraisemblables qui défilent. Loin de briser le rythme de l’opéra, la narration ajoute une part de folie à ce spectacle en deux actes où on ne voit pas le temps passer.
Ces textes narratifs fort bien tournés de Sven-Eric Bechtolf et Thomas Hampson ont été écrits pour une production de Così fan tutte captée à Florence au printemps 2021. La traduction française a été faite par Stephen Szaio, à la demande de l’OSM.

Avec leurs grandes qualités vocales appropriées à leurs rôles, ainsi que leurs remarquables talents de comédiens, le ténor Matthew Swensen (Ferrando) et le baryton Gustavo Castillo (Guglielmo) brillent de mille feux! Toutes les scènes où ils interviennent sont palpitantes!
Pour sa part, la mezzo-soprano Michèle Losier irradie en Dorabella, à la voix lumineuse et aux gestes enjoués. Le magnétisme que dégage la Montréalaise éclipse en partie la prestation de la soprano Anna Prohaska en Fiordiligi.
Quant à la soprano Jenny Daviet, sa voix peu puissante peinait parfois à atteindre le niveau Mezzanine mais, quelle comédienne hilarante! Que ce soit en notaire ou en docteur appelé à la rescousse des deux amants présumément empoisonnés, elle nous a fait rire aux larmes!
Thomas Hampson demeure un baryton d’envergure, à deux mois de ses 70 ans. Physiquement, il en impose sur le plateau où il dirige littéralement les protagonistes qui se produisent devant et parfois derrière l’orchestre, plus précisément dans les estrades destinées au choeur qui quitte la scène après chacune de ses quelques interventions.
Toujours en ce qui a trait à la mise en place, certains choix de Hampson laissent perplexe. On ressent un certain malaise à voir Fiordiligi et Dorabella repousser à coups de pied leurs prétendants, en les faisant rouler au sol comme des billes! Gestes irrespectueux et disgracieux! Fallait-il aller jusque là?

Cela dit, le Così fan tutte de l’OSM est très réussi dans l’ensemble. La fabuleuse musique de Mozart nous y envoûte grâce à des interprètes de haut vol. On est séduit, également, par la nouveauté de cette narration dynamique et concise qui situe le spectateur devant les multiples rebondissements de cette histoire pù la confusion règne joyeusement! Le résultat est si concluant qu’on souhaite que d’autres productions d’opéra s’en inspirent.
Così fan tutte de Mozart: le dangereux jeu de l’amour
Orchestre symphonique de Montréal
Rafael Payare, chef
À la Maison symphonique, le 25 avril à 19h30
*Crédit photo: Antoine Saito

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