«Glenn Gould, la naissance d’un prodige» : variations conventionnelles

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Le grand Glenn Gould, iconique pianiste canadien, revit sur la scène du Théâtre du Rideau Vert. Cette pièce de l’auteur français Ivan Calbérac, adaptée au Québec par Emmanuel Reichenbach, raconte principalement le drame familial de cet artiste sous l’emprise d’une mère toxique. Conçu un peu comme un «biopic», film retraçant la vie d’un personnage célèbre, cette incursion dans l’univers du musicien reconnu, entre autres, pour ses enregistrements des Variations Goldberg, ne parvient toutefois que rarement à nous émouvoir.

Une solide distribution

Parmi les points positifs du spectacle, il est indéniable que le grand public en apprend davantage sur ce monstre sacré, décédé à l’âge de 50 ans, des suites d’un AVC.

Dans le rôle-titre, Maxime de Cotret réussit à évoquer le tumulte intérieur de celui qui s’est retiré de la scène, alors qu’il était au tout début de la trentaine et fatigué de se produire devant des auditoires qu’il trouvait trop distraits.

Maxime de Cotret dans le rôle de Glenn Gould / Crédit: Danny Taillon

Avec son regard anxieux, le comédien apporte sa touche personnelle au portrait de cette célébrité qui était au coeur de Trente-deux films brefs sur Glenn Gould (Thirty Two Short Films About Glenn Gould), réalisé par François Girard, en 1993.

À ses côtés, Danielle Proulx brûle les planches en mère protectrice et intransigeante. Henri Chassé incarne avec justesse le père déchiré entre l’amour de son épouse et son désir de convaincre celle-ci de laisser leur fils prendre ses propres décisions.

Quant à Catherine Renaud, elle joue avec doigté le personnage de la cousine de Gould, qui aime le jeune homme plus ou moins secrètement.

Rien à redire non plus sur les performances d’Étienne Pilon et François-Simon Poirier qui complètent la distribution.

Par contre, il y a quelque chose d’agaçant au fait que le personnage de Gould soit à l’avant-plan, alors que les pièces musicales sont jouées par Gaël Lane Lépine. Installé au deuxième étage aménagé sur la scène, ce pianiste qu’on prend plaisir à écouter, devient néanmoins presqu’un intrus dans cette histoire intime. Aurait-il été préférable d’utiliser des enregistrements musicaux?

Henri Chassé et Danielle Proulx au TRV / Crédit: Danny Taillon

Malheureusement, on ne sent pas l’effervescence de la fabuleuse carrière du Torontois dans la mise en scène très convenue de Frédéric Bélanger. La scénographie de Francis Farley-Lemieux, les éclairages de Leticia Hamaoui et les costumes de Sylvain Genois constituent un ensemble plutôt terne. Alors, il est bien difficile de s’imaginer, dans pareil contexte, que Glenn Gould a été acclamé internationalement dans des salles prestigieuses, sous la direction des chefs les plus célèbres de son temps.

Catherine Renaud et Maxime de Cotret / Crédit: Danny Taillon

La part de rêve liée à la carrière légendaire de Glenn Gould se dérobe sous les projecteurs de cette coproduction du Groupe Encore.

Glenn Gould, naissance d’un prodige

Texte : Ivan Calbérac. Adaptation : Emmanuel Reichenbach. Mise en scène : Frédéric Bélanger. Une coproduction de 9207-7569 Québec inc. et d’Encore. Au Théâtre du Rideau Vert, jusqu’au 18 avril.

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