Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Ceux et celles qui étaient présents à la Maison symphonique, samedi soir, se souviendront sans doute longtemps du concert de Jordi Savall: Chants, batailles et danses de l’Ancien et du Nouveau Monde 1100-1780. Ce maître de musique que le grand public a découvert grâce au film Tous les matins du monde, sorti en 1991, était de retour à Montréal avec un programme d’œuvres traversant sept siècles d’histoire. Cet ambitieux parcours musical s’est terminé avec un émouvant arrangement d’Amazing Grace, en rappel.
Entre douleur et espérance
Tout en jouant de la viole de gambe, le musicien de 84 ans a dirigé ses chanteurs et instrumentistes dans un fabuleux voyage rappelant que la musique a servi d’outil de survie, au cours des multiples transformations qui ont marqué notre monde.

Entouré de plus d’une vingtaine d’interprètes, le maestro réunit sur scène ses ensembles, La Capella Reial de Catalunya et Hespèrion XXI, ainsi que des invités spéciaux, soit, le Tembembe Ensamble Continuo, du Mexique, en plus de la soprano canadienne Neema Bickersteth et du baryton et danseur guadeloupéen Yannis François.
Ce programme conçu par le maestro catalan fait dialoguer troubadours médiévaux, répertoires de la Renaissance et du baroque, chants d’esclaves de la diaspora africaine, mélodies autochtones et traditions séfarades.
Jordi Savall allie ainsi, une fois de plus, son extraordinaire savoir musical, à ses connaissances encyclopédiques de l’Histoire pour donner vie à un concert riche en contrastes.
Par exemple, la soirée a commencé avec une chanson de croisade du troubadour Marcabru (XIIe siècle), puis on est entré tout doucement dans un appel à la paix (dona nobis pacem), à travers la polyphonie de Josquin des Prés, compositeur de la Renaissance.
Les textes de ces chants figurent d’ailleurs dans l’excellent programme papier fourni par Traquen’Art, présentateur de l’évènement. Souhaitons que cette bonne idée finisse par inspirer les diffuseurs qui optent encore pour un code QR, inefficace puisqu’il faut fermer son téléphone durant les concerts.

Enfin, le musicien et humaniste a brièvement pris la parole, en fin de soirée. Évoquant les nombreux conflits internationaux qui marquent notre époque, il a souligné que ce concert, imaginé comme une traversée musicale entre douleur et espérance, se voulait «une prière pour la paix». Ses propos chaleureux exprimés en français ont été d’autant plus appréciés que, lors de son dernier passage à la Maison symphonique, en 2024, le globe-trotter n’avait dit que quelques mots en anglais.
Rappelons que Jordi Savall devait initialement présenter le concert Un mar de músicas 1440–1880, consacré aux routes de l’esclavage dans les Caraïbes et réunissant des artistes d’Afrique, d’Haïti, de Colombie et du Venezuela. Le musicien a toutefois dû adapter son projet, en raison de restrictions de visas touchant certains artistes internationaux, pour sa tournée en Amérique du Nord, ce mois-ci.

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