Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Pour la deuxième fois en deux jours, l’Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes, dirigé par Francis Choinière, a fait salle comble, dimanche après-midi, à la Maison symphonique. Une version concert de l’opéra Turandot de Puccini, réunissant plusieurs solistes réputés, a conquis un public remarquablement attentif, dont certains spectateurs installés debout au balcon, durant plus de deux heures.
Outre l’air célébrissime de Nessun Dorma, les orchestrations d’envergure de cette œuvre s’avèrent particulièrement spectaculaires, grâce aux qualités acoustiques de la Maison symphonique!
Une atmosphère orientale
Créé en 1926, Turandot raconte l’histoire d’une princesse chinoise qui fait décapiter ses prétendants, lorsqu’ils échouent à résoudre trois énigmes. Alors que le rôle-titre devait être interprété par Aviva Fortunata, c’est plutôt Marcy Stonikas qui s’est glissée dans la peau de la cruelle héroïne puccinienne. Avec sa voix puissante, la soprano américaine a brillé, notamment, au deuxième acte avec In questa reggia (Dans ce palais) l’un des airs célèbres de cette oeuvre.

Marcy Stonikas dans le rôle-titre de Turandot, dirigé par Francis Choinière.
Sans être parfaite, la mise en espace de ce concert était à la fois impressionnante et efficace. Alors que les choristes étaient installés dans les gradins surplombant la scène, les cuivres, eux, étaient postés un niveau plus haut. Avec élégance, le maestro Choinière a réussi à diriger tout ce monde dans cette partition complexe, tout en s’assurant qu’on entende les solistes. Admirable! Ces derniers ont, pour la plupart, interprété leurs rôles en se déplaçant en divers endroits de la scène, devant l’orchestre.
Parmi eux, l’Ontarien Andrew Haji s’est distingué en Calaf, un prince qui tombe amoureux de Turandot et qui répond correctement aux trois énigmes. En plus d’interpréter avec panache l’air Nessun Dorma, tant apprécié du public, le ténor a aussi une forte présence scénique. Il sait jouer avec émotion, notamment, ses rencontres avec son père Timur; ce personnage est porté par la voix majestueuse de Colin Ramsey, une basse sino-américaine de renom.

Andrew Haji en Calaf, dans une version concert de Turandot, à la Maison symphonique.
À leurs côtés, Sydney Baedke est bouleversante en Liù, la servante de Timur qui se poignardera pour protéger Calaf. La soprano canadienne s’est montrée très investie, notamment au troisième acte, dans l’air Tu che di gel sei cinta (Toi qui est ceinte de glace).
La solide distribution réunie par Choinière incluait également le ténor John Mac Master, éblouissant en empereur Altoum, assis au-dessus de la mêlée, au niveau corbeille.
L’impeccable baryton Mikelis Rogers s’est démarqué dans le rôle de Ping, au sein du trio formé avec les ténors Sam Champagne en Pang et Spencer Britten en Pong. Quant à la basse Matthew Li, sa performance dans le petit rôle d’un Mandarin fut sans faute.

Turandot en version concert avec l’OPCM et les Petits Chanteurs du Mont-Royal.
Une formule gagnante!
Bref, après cette fascinante version concert de Turandot, qu’on a pris plaisir à ovationner longuement, on se demande une fois de plus ce qui a traversé l’esprit de l’acteur franco-américain, Timothée Chalamet qui a déclaré, l’hiver dernier, que «tout le monde» se fiche un peu du ballet et de l’opéra.
Au contraire, lorsqu’on voit le chef Francis Choinière qui n’a pas encore 30 ans, faire salle comble avec Turandot, on se dit qu’il y a de l’avenir pour l’opéra à Montréal. D’ailleurs, une version concert de La traviata de Verdi avec Nino Machaidze dans le rôle titre est au programme de la saison 2026-2027 de l’OPCM.

Francis Choinière dirige Turandot en version concert.
Puccini : Turandot en concert, dirigé par Francis Choinière
Avec l’OPCM et les Petits Chanteurs du Mont-Royal
Solistes: Marcy Stonikas (Turandot), Andrew Haji (Calaf), Sydney Baedke (Liù), Colin Ramsey (Timur), Mikelis Rogers (Ping), Sam Champagne (Pang), Spencer Britten (Pong), John Mac Master (l’empereur Altoum), Matthew Li (un mandarin)
À la Maison symphonique, les 9 et 10 mai
*Crédit photo: Tam Lan Truong
(Photo d’accueil: Andrew Haji en Calaf et Sydney Baedke en Liù)

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