«Parachute libre» au Rideau vert: des hauts et des bas

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Le Théâtre du Rideau vert clôt sa saison avec une pièce, à la fois comique et dramatique, réunissant les comédiennes Muriel Dutil et Pierrette Robitaille.

Parachute libre, de l’Américain David Lindsay-Abaire, braque les projecteurs sur la vie de deux femmes qui se livrent une guerre de territoire dans la chambre qu’elles partagent dans une résidence pour aînés.

Il s’agit de la toute dernière pièce programmée par Denise Filiatrault qui a quitté, l’an dernier, son poste de directrice artistique du TRV, où elle a œuvré durant plus de 20 ans.

En terminant son règne avec cette comédie où les protagonistes surmontent leurs différends grâce à l’humour, on peut se demander s’il y a là un clin d’œil à la relation tumultueuse entre les inoubliables héroïnes de Moi et l’autre.

Ismaïl Zourhlal et Muriel Dutil dans Parachute libre.

L’essentiel du spectacle se déroule dans une chambre pour deux que la grincheuse Alice (Pierrette Robitaille) occupait seule, car elle avait su faire fuir ses cochambreuses, au fil des ans. Mais, ce sera bien différent avec Marilyn, une éternelle optimiste, qui s’incruste.

Alors que leurs prises de bec éclatent jour après jour, elles décident de s’engager dans un étrange pari. Ce sera pour ainsi dire: quitte ou double. Si Alice arrive à mettre en colère la joviale Marilyn, cette dernière devra quitter la chambre définitivement. Mais, si Marilyn réussit à faire peur à l’autoritaire Alice, celle-ci va non seulement continuer de vivre avec sa colocataire, mais aussi lui céder le lit qu’elle occupe près de la seule fenêtre de leur espace.

À partir de ce moment, tous les coups semblent permis. Les rebondissements se multiplient habilement dans ce texte du dramaturge à qui l’on doit également la pièce Le terrier, qui a reçu des critiques élogieuses lors de sa création québécoise à la salle Fred-Barry, en 2016.

Parachute libre, dans une mise en scène de Martin Faucher, au TRV.

La mise en scène traditionnelle et efficace de Martin Faucher se déroule essentiellement dans une chambre typique de résidence pour aînés. Il y a aussi d’autres décors, notamment, pour le numéro plus ou moins vraisemblable du parachute. N’en disons pas davantage puisqu’il s’agit de la principale surprise du spectacle, au niveau visuel.

Là où le bât blesse, c’est plutôt en ce qui a trait à la durée de cette pièce qui s’étend sur 2 heures 15 minutes, incluant un entracte qui brise complètement le rythme. D’une part, on pourrait sans doute resserrer le texte puisque la problématique est exposée clairement dès le début. De plus, la dernière scène de la pièce m’a semblé tomber à plat, après un revirement de situation spectaculaire.

Heureusement, le savoir-faire des deux excellentes actrices principales ne se dément pas et l’émotion est souvent au rendez-vous. Au-delà de leurs coups pendables et mesquins, elles revisitent bien involontairement leur passé marqué par de grands chagrins.

À leurs côtés, les acteurs de soutien tirent bien leur épingle du jeu, à commencer par Ismaïl Zourhlal, en préposé aux résidents rempli de bonne volonté. Geneviève Alarie et Mathieu Gosselin incarnent la fille et le gendre de Marilyn, alors qu’Éric Robidoux interprète le rôle du fils d’Alice.

Muriel Dutil et Pierrette Robitaille dans Parachute libre.

Tout en nous faisant rire, parfois jaune, Parachute libre s’avère une métaphore des aléas de la vie quand s’installe la vieillesse. Avec des blessures qui se sont accumulées durant des décennies, certains deviennent plus hésitants à sauter dans l’inconnu pour expérimenter de nouvelles amitiés, alors que d’autres continuent d’essayer de tisser des liens à leurs risques et périls. En plus d’être amusant, ce texte nuancé est porteur de réflexions qui transcendent les générations.

Parachute libre

Texte: David Lindsay-Abaire / Traduction: Maryse Warda

Mise en scène: Martin Faucher

Avec: Pierrette Robitaille et Muriel Dutil, ainsi que Geneviève Alarie, Mathieu Gosselin et Éric Robidoux

Au Théâtre du Rideau vert, jusqu’au 13 juin 2026

*Crédit photo: Danny Taillon

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