Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Plus de 30 ans après avoir marqué l’histoire du cinéma québécois, La Florida renaît sur scène. Entouré par une solide distribution où la plupart des comédiens jouent plusieurs rôles, Louis Champagne est convaincant en Léo Lespérance, personnage central de l’œuvre qui était incarné par Rémi Girard dans le film de George Mihalka.
Pour sa part, la pétillante Anne-Élisabeth Bossé fait revivre Ginette Lespérance, la grande alliée de son mari Léo, aux commandes d’un motel qu’ils viennent d’acheter à Hollywood Beach.
Cela dit, le soir de la première, c’est surtout Didier Lucien qui a fait rire la foule en chanteur de charme aux déhanchements lascifs dans son costume de bain blanc!
S’il est vrai que ce spectacle inspire la bonne humeur, on ne peut pas dire qu’on y rit à gorge déployée!
Il faut admettre que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis l’époque où La Florida a été récipiendaire du Prix Bobine d’Or, couronnant le plus grand succès au box-office dans la Belle Province, en 1993. On sait bien qu’en 2026, pour de nombreux Québécois, la Floride n’est plus le symbole du paradis recherché. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le soleil de l’«Orange County» semble avoir perdu de son éclat dans cette adaptation théâtrale de La Florida.
Quand l’idéal devient: «No vacancy»
D’entrée de jeu, on découvre les membres de la famille Lespérance dans un court numéro très réussi! Aux côtés de papa et sa douce moitié, leur fille (Lauren Hartley), leur fils (Joakim Robillard) et «Pépère» (Gary Boudreault), qui jouent tous avec justesse, ont pris place dans la voiture familiale pour le grand départ. Mais, en ce matin d’hiver glacial, le moteur va-t-il finir par démarrer?
Après ce moment loufoque habilement orchestré par le metteur en scène Charles Dauphinais, on débarque plutôt brusquement devant le bâtiment un tantinet vétuste qui deviendra le Motel Ginette.
En plus des rénovations que les nouveaux propriétaires devront faire pour attirer la clientèle, ils réaliseront rapidement qu’ils sont entourés de voisins intimidants. C’est ici qu’entre en scène l’hilarant Roméo (Didier Lucien), un être retors qui se cache derrière un crooner susurrant inlassablement le grand succès du défunt Marc Hamilton: Comme j’ai toujours envie d’aimer.
Parmi les autres hurluberlus du Petit Québec floridien, on rencontre Jay, un homme d’affaires au sourire un peu trop éclatant. Ce manipulateur sans scrupule est incarné par Marc St-Martin qui joue à lui seul quatre personnages! Tout feu tout flamme, ce marathonien de la scène multiplie les changements de costumes à un rythme époustouflant!
Mais, malheureusement, il y a bien peu de blagues mémorables dans cette théâtralisation de La Florida par ses scénaristes originaux, Suzette Couture et Pierre Sarrazin. Cependant, la réplique culte «Envoye dans l’lit, maudite chanceuse» déclenche toujours des éclats de rire!
Quant à l’intrigue, elle est mince pour un spectacle qui s’étire sur près de deux heures. À vrai dire, le public a compris dès le début que l’objectif des Lespérance est de remplir leur motel et l’attente est longue avant qu’on voit enfin s’allumer le néon «No vacancy».
L’art du kitsch
Mis à part une blague sur Jean Chrétien, le texte comporte peu de références au contexte des années 1990. Par contre, visuellement, on retrouve d’amusants symboles de cette époque, qu’il s’agisse des costumes de Jessica Poirier-Chang, des coiffures de Véronique St-Germain et surtout du motel turquoise conçu par Loïc Lacroix Hoy. À cet univers kitsch, s’ajoutent des projections, notamment, de plages, qui n’apportent rien de transcendant et qui de toute façon passent presque inaperçues.
La Florida en tournée en 2027
Bref, si on veut s’amuser au jeu des comparaisons entre les pièces de théâtre présentées à Terrebonne, au cours des derniers étés, disons que La Florida est un meilleur spectacle que l’adaptation de Moi et l’autre, sans être aussi rassembleur que la version théâtrale des Boys.
La Florida est à l’affiche au Théâtre du Vieux-Terrebonne, jusqu’au 1er août. Par la suite, cette pièce partira en tournée à travers le Québec avec Tammy Verge dans le rôle de Ginette.

Laisser un commentaire