FASS: L’envol magistral de «Birdy» sous le Grand Chapiteau

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

L’audace du Festival des arts de Saint-Sauveur a porté ses fruits, jeudi soir, alors que la compagnie taïwanaise Hung Dance a ébloui les festivaliers avec Birdy: un spectacle à la croisée des arts martiaux et de la danse contemporaine. Dès leur entrée en scène, les huit interprètes de cette chorégraphie bougent avec la fluidité d’une volée d’oiseaux, coiffés d’une longue plume de faisan qui se transforme parfois en un sabre tranchant.

Rythmée par une partition où les pulsations électroniques se marient à la musique traditionnelle chinoise, cette œuvre intense semble illustrer la recherche d’un équilibre fragile entre l’individu et le groupe.

Fragilité et férocité

Devant la cohésion sans faille des danseurs de Birdy, les spectateurs demeurent en quelque sorte hypnotisés durant près d’une heure. Il faut dire que la précision chirurgicale des mouvements synchronisés de ces virtuoses n’a rien de mécanique. On dirait plutôt qu’ils sont animés par une connexion télépathique entre leurs corps. C’est comme si chaque impulsion et chaque inclinaison de tête obéissait à un même battement de cœur collectif.

L’élément central de la signature visuelle de Birdy est sans conteste la longue plume de faisan (Ling Zi) — traditionnellement issue des codes de l’Opéra de Pékin — fixée sur la tête des interprètes. Cet accessoire souple nous donne l’impression de prolonger les mouvements, au-delà de la portée physique des bras et des jambes. Sous les oscillations très précises du cou de ces magiciens du mouvement, la plume trace des arabesques au gré de leur désir viscéral de légèreté et d’évasion. Envoûtant.

L’usage de cette plume est aussi au cœur de duos particulièrement troublants. On demeure bouche bée, entre autres, durant une scène, où deux danseurs feignent de se trancher la gorge à de multiples reprises, à l’aide du Ling Zi. On peut alors voir la bouche d’une danseuse s’ouvrir sans bruit et son corps tomber dans les bras de son partenaire. Plusieurs fois, il la rattrape, puis lui tranche à nouveau la gorge.

La répétition frénétique de ce geste sanglant est glaçante! Faut-il y voir une métaphore de la résilience humaine face à des traumatismes ou des structures sociales oppressantes qui tentent de faire taire des voix, la gorge étant le siège de la parole et du chant ?

Un chorégraphe qui a marqué l’histoire de Taïwan

Cette œuvre magistrale est signée Lai Hung-chung, qui est considéré comme l’une des figures les plus prometteuses de la danse contemporaine à Taïwan. L’artiste a marqué l’histoire culturelle de son pays en devenant le premier chorégraphe à remporter simultanément quatre prix majeurs lors de la Taiwan Creative Dance Competition.

Bien que Birdy soit son œuvre la plus emblématique, avec plus de 300 représentations à travers le monde, le trentenaire a accumulé plusieurs succès internationaux majeurs depuis la fondation de sa compagnie Hung Dance en 2017. Entre autres, son spectacle See You (2020) qui explore les relations humaines à travers la philosophie du taï-chi, a été encensé lors de ses passages aux célèbres festivals Edinburgh Fringe (Écosse) et Adelaide Fringe (Australie).

Une exclusivité

En décrochant la présentation de Birdy, le Festival des arts de Saint-Sauveur s’est offert un coup de maître pour son 35e anniversaire. Cet événement unique marquait la toute première représentation de la compagnie Hung Dance au Québec. Le spectacle a d’ailleurs été présenté à guichets fermés.

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Tous les détails de la 35e édition du Festival des Arts de Saint-Sauveur sont accessibles sur le site officiel du FASS.

*Photos fournies par le FASS.

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