Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
La saison 2026-2027 du théâtre Prospero sera chamboulée par des travaux de rénovation qui commenceront en novembre prochain. Trois des quatre productions à l’affiche, cette année, seront tout de même offertes dans les salles du Prospero.
La pièce Ces regards amoureux de garçons altérés sera reprise, en septembre 2026, dans la salle principale, où l’on fera place, en octobre, à une adaptation de la tragédie grecque Les suppliantes, du poète Eschyle.
D’autre part, une création de Hoda Adra intitulée Floconie prendra forme dans la salle intime, en octobre. Enfin, L’habitude des ruines, de Marie‑Hélène Voyer, verra le jour dans une adaptation et une mise en scène de Jérémie Niel, à la Cité-des-Hospitalières, à l’hiver 2027.
Abattre des murs
«Notre théâtre n’avait bas bénéficié de rénos majeures depuis plus de trente ans», souligne Philippe Cyr, directeur artistique et codirecteur général du Prospero. On va donc procéder à la «modernisation des équipements, la mise aux normes du bâtiment et une refonte des espaces d’accueil incluant un café bar grand ouvert sur la rue Ontario. Autrement dit, le bar qui est présentement au 2e étage sera installé au rez-de-chaussée. En plus de faciliter l’accès au public à mobilité réduite, ce sera un Prospero plus accueillant!»

Philippe Cyr, directeur artistique et codirecteur général du théâtre Prospero / Crédit: Gaëlle Leroyer
Les coûts prévus pour la revitalisation de cet immeuble du quartier Centre-Sud de Montréal sont de 5,8 M$. Québec allouera 3 865 000 $ pour ce chantier auquel Patrimoine canadien consacrera 950 000 $. Pour compléter le budget, on prévoit lancer une campagne de financement étalée sur trois ans.
Cela dit, non seulement le nombre de spectacles offerts au Prospero est réduit de moitié dans cette programmation inhabituelle, mais les contrecoups se feront sentir jusqu’à la saison 2027-2028, puisque les rénovations doivent s’étirer jusqu’en décembre 2027.
Transgression
Malgré tout, le directeur artistique maintient le cap: «Depuis maintenant cinq ans, nous développons une trajectoire autour de l’idée de la transgression. Que ce soit par leur thématique ou leur esthétique, nous souhaitons que les spectacles présentés au Prospero repoussent les frontières. Dans un monde qui semble se rigidifier et se refermer, les spectacles proposés cette saison tentent d’agrandir la pensée et d’ériger des ponts, dans un désir renouvelé d’élargir les limites.»
C’est dans cet esprit qu’on pourra voir ou revoir Ces regards amoureux de garçons altérés, une création du Prospero, qui a fait l’objet de critiques élogieuses au FTA 2026. La pièce a aussi reçu deux Prix décernés par l’Association québécoise des critiques de théâtre la saison dernière, soit celui du Meilleur texte original, remis à Éric Noël et celui de la Meilleure interprétation masculine, remis à Gabriel Szabo.
Ce solo théâtral est une sorte de confession intime d’un homme qui tente de noyer le chagrin de sa rupture amoureuse à travers les drogues et le sexe. La mise en scène de Philippe Cyr enferme le comédien dans un espace horizontal restreint, représentant une chambre dans un sauna gai.
La jauge de la grande salle du Prospero, qui peut accueillir jusqu’à 160 spectateurs, est d’ailleurs réduite à 90 personnes à cause de la scénographie de cette pièce où l’acteur doit jouer à l’horizontal durant 75 minutes. Du 8 au 26 septembre 2026 – Salle principale.
Le Prospero en tournée
Après la série de représentations au Prospero, Ces regards amoureux de garçons altérés prendra la route et sera présentée à l’Agora des Arts (Rouyn-Noranda) les 7-8 octobre 2026, à La Rubrique (Jonquière) les 15-16 avril 2027 et au Théâtre du Bic (Rimouski) le 13 mai 2027. Des représentations à Québec seront également bientôt annoncées.
Un jeu collectif
En octobre, l’artiste multidisciplinaire Hoda Adra présentera son nouveau solo. Il y est question d’une archiviste qui «découvre la Floconie, un pays réputé pour sa Paix Éblouissante…»
Philippe Cyr souligne que cette poète de spoken word, née au Liban, a grandi en Arabie saoudite et qu’elle est attentive à l’insouciance des Québécois, face à des valeurs fondamentales. «À travers son pays inventé de Floconie, elle parle du Québec comme d’une société terriblement en paix et de notre non implication devant la volonté du gouvernement Carney de mettre en œuvre un plan de réarmement du Canada.»
Les spectateurs seront invités à une sorte de jeu collectif. Les choix du public influenceront le récit pour interroger le prix à payer pour la paix, indique-t-on dans le programme de la soirée. Du 6 au 24 octobre 2026 – Salle intime.
Crise migratoire
La pièce de résistance de cette saison sera, vraisemblablement, Les suppliantes d’Eschyle, dans une adaptation et mise en scène de Sophie El‑Assaad, réunissant sept comédiens.
Cette tragédie raconte le drame de migrant·es qui débarquent sur une plage de Grèce et demandent l’asile au roi. Ce dernier tient alors leur survie entre ses mains; il ne leur reste plus qu’à supplier et à attendre.
«C’est une histoire qui semble faire écho à notre époque, notamment, à la crise migratoire entre l’Espagne et le Maroc» qui défraie la manchette, cet été, renchérit Philippe Cyr. Du 13 au 31 octobre 2026 – Salle principale.
Hors les murs
Quant au dernier spectacle à l’affiche, il s’agit d’une adaptation de L’habitude des ruines, un essai «qui dénonce le peu d’intérêt qu’on a au Québec pour notre patrimoine bâti, souvent malmené», résume le directeur artistique.
Quatre interprètes de différentes générations, dont une jeune fille de onze ans, porteront les mots de l’autrice, Marie‑Hélène Voyer.
On a hâte de voir comment le metteur en scène Jérémie Niel transposera au théâtre cette œuvre qui a reçu le Prix des libraires en 2023. Du 23 février au 7 mars 2027 – Cité-des-Hospitalières (251, avenue des Pins Ouest).
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