Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Près de 30 ans après sa création, l’un des plus grands succès de l’histoire de Broadway s’installe à la Place des Arts, jusqu’au 6 septembre. La Salle Wilfrid-Pelletier accueillait, d’ailleurs, la première médiatique de The Lion King, adaptation du célèbre film d’animation de Disney, ce jeudi 20 août.
Après avoir récolté six Tony Awards et attiré plus de 120 millions de spectateurs, cette comédie musicale culte est de retour chez nous avec ses marionnettes géantes et ses rythmes légendaires. Mais, trois décennies plus tard, la formule magique opère-t-elle toujours sur un public qui en connaît déjà les ficelles ?
Dans la cour du roi

D’entrée de jeu, on est transporté dans la savane, qui envahit la salle, grâce à l’habile mise en scène de Julie Taymor. On a l’impression de faire partie de l’entourage du lionceau Simba, dont le destin bascule le jour où son père périt dans un complot orchestré par son oncle Scar. L’héritier de Mufasa choisit alors l’exil, avant de réaliser, à l’âge adulte, qu’il doit retourner chez lui et prendre la place qui lui revient.
Dès que les projecteurs s’allument, Rafiki, chamane excentrique et conseillère du royaume, lance les premières notes. Des oiseaux perchés jusqu’au niveau mezzanine lui répondent.
C’est alors qu’une foule d’animaux envahissent des allées spécialement aménagées pour eux au parterre et convergent vers la scène, au son de Circle of Life, thème emblématique de l’œuvre.
On reste pantois, notamment, devant des girafes et des zèbres splendides, ainsi qu’un imposant éléphant!
En tout temps, les marionnettistes qui activent les personnages du «Roi Lion» sont bien visibles. Cette pratique est pourtant loin de nuire à l’illusion. En plus d’être emporté par l’histoire, le public est continuellement fasciné par la dextérité des humains qui sont les grands artisans de la magie de cette fresque scénique.
Le choc des genres
À mon sens, la féérie de cette comédie musicale repose en bonne partie sur sa partition hétéroclite. S’il est incontestable que Elton John y signe des mélodies pop accrocheuses (Can You Feel the Love Tonight, Hakuna Matata), c’est le compositeur sud-africain Lebo M qui donne son âme au spectacle. Ses arrangements choraux en zoulou transforment cette trame sonore en une œuvre chorale puissante.
Deux percussionnistes, installés de chaque côté de la scène, dynamisent l’ensemble de la soirée, alors que dans la fosse, l’orchestre dirigé par Karl Shymanovitz navigue avec brio entre les rythmes africains et les tempos occidentaux.
Tout est ainsi en place pour la chorégraphie fort originale de Garth Fagan qui a su tirer profit des particularités de cette production. Rappelons que les danseurs ne portent pas de simples costumes, mais plutôt des structures de masques rigides ou des tiges articulées qui déplacent leur centre de gravité.
Alors, Fagan a imaginé des mouvements spécifiques pour maintenir une gestuelle harmonieuse. Par exemple, les déplacements des lionnes reposent sur des ondulations fluides du dos et du torse, tandis que la gestuelle du guépard est axée sur les épaules pour imiter la traque féline, sans jamais cacher l’artiste qui manipule la structure.
Des interprètes aguerris

La puissance émotionnelle de ce Lion King repose principalement sur des performances magistrales d’artistes à la longue feuille de route. En tête de file, Zama Magudulela incarne une Rafiki électrisante. Cette chanteuse qui a collaboré avec, entre autres, le Cirque du Soleil et Céline Dion, s’en donne à cœur joie dans son rôle d’intermédiaire entre le monde des humains et celui des esprits.
À ses côtés, David D’Lancy Wilson campe un Mufasa majestueux, à l’autorité naturelle, tandis que Peter Hargrave se glisse dans la peau d’un Scar délicieusement machiavélique, distillant sa perfidie avec une ironie mordante.
Pour contrebalancer le côté sérieux de l’histoire, on peut compter sur le duo formé de Nick Cordileone (Timon) et Danny Grumich (Pumbaa). Leur complicité vaudevillesque et leur énergie caractéristique de personnages de dessins animés sont porteuses d’une généreuse dose de bonne humeur, juste avant l’entracte.
De son côté , Gilbert Domally insuffle une envergure de star à Simba, traduisant avec justesse le passage du lionceau insouciant au souverain blessé, pour finalement embrasser son rôle de libérateur et restaurer le cycle de la vie. Enfin, Thembelihle Cele prête ses traits à une Nala fière et courageuse, dont les performances vocales ont été plusieurs fois chaleureusement applaudies.
Malgré l’ajout de morceaux prévisibles et moins mémorables comme Chow Down ou The Madness of King Scar, ce spectacle de deux heures et demie incluant un entracte ne manque pas de temps forts. On pense, entre autres, à He Lives in You et Shadowland, des chansons poignantes aux mélodies ciselées avec brio.
Tour de force!

Alors que nos vies semblent dictées par l’omniprésence des écrans, des ordinateurs aux téléphones intelligents, The Lion King réussit le tour de force de transposer sur scène l’imaginaire d’un film qui a marqué les esprits en 1994.
Au-delà des imposants moyens techniques de cette superproduction, le véritable exploit de cette comédie musicale est de ramener notre regard sur la créativité d’humains en chair et en os qui se surpassent sous nos yeux. Touché par cette vibrante célébration du spectacle vivant, on ne tarde pas à retrouver son cœur d’enfant.
The Lion King est à l’affiche à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts jusqu’au 6 septembre.
Durée: 2h30 avec entracte / Langue: anglais sans surtitre
Photos : courtoisie

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