Une «Flûte enchantée» qui a du punch!

Matthias Maute et l’Ensemble Caprice réussisent leut pari.

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Qui a dit que l’opéra classique devait rester figé dans le temps ? Certainement pas Matthias Maute qui a présenté une version joyeusement éclatée de La Flûte enchantée, jeudi (10 septembre) à la Maison symphonique, au grand plaisir du public qui a rigolé durant toute la soirée.

Oubliez les longs dialogues traditionnels : le directeur artistique de l’Ensemble Caprice les a remplacés par des mises en situation savoureuses de son cru. Il a aussi supprimé le personnage de Monostatos, parfois considéré comme un ancrage raciste du livret.

Grâce aux courtes interventions parlées du chef d’orchestre, les spectateurs de tous âges ont suivi avec enthousiasme les multiples rebondissements de cette histoire portée par des airs célébrissimes qu’on ne se lasse pas d’écouter.

Même sans mise en scène, la plupart des solistes ont su insuffler une dimension théâtrale à leur personnage, à commencer par le baryton montréalais Olivier Bergeron et son hilarant Papageno. Une mimique cocasse, un regard inquiet, un pas hésitant: sans artifice on arrive à captiver le spectateur.

Bref, cette version personnalisée, qui ne dénature nullement La Flûte enchantée, a donné lieu à un concert de près de deux heures et demie où l’on n’a pas vu le temps passer!

Accessible et dynamique

Matthias Maute, directeur artistique de l’Ensemble Caprice

Fin communicateur, le chef d’orchestre et flûtiste né en Allemagne sait garder l’attention du public en lui donnant des informations clés, du début à la fin de cette odyssée musicale. «C’est la première fois qu’on joue La Flûte enchantée sur instruments d’époque à la Maison symphonique», souligne-t-il fièrement, avant de lancer l’Ouverture de l’ultime opéra de Mozart. Maute et ses quelque 35 musiciens réussissent alors à unir la gravité mystérieuse du sacré à la vivacité lumineuse du conte de fées. Le ton est donné!

Puis, on découvre tour à tour les protagonistes de cette oeuvre qui apparaît comme un parcours symbolique représentant l’élévation spirituelle de l’être humain.

Avec sa voix cristalline, le ténor Colin Ainsworth est convaincant en Tamino. En voyage dans un pays inconnu, ce prince est attaqué par un serpent, mais il sera sauvé par les trois dames d’honneur de la Reine de la nuit. Janelle Lucyk, Len Torrie et Rosalie Lane-Lépine qui interprètent aussi Les Trois garçons sont impeccables au point de vue vocal, mais contrairement à la plupart de leurs collègues, elles ont les yeux rivés sur leurs partitions, ce qui brise un peu la magie.

Le timbre lumineux de la soprano Anna-Sophie Neher magnifie le rôle de Pamina, fille de la Reine de la nuit. Cette dernière est interprétée par la colorature Suzanne Rigden qui en impose, une fois de plus, avec ses vocalises qualifiées de «stratosphériques», par le Chronicle de San Francisco. 

La soprano Catherine St-Arnaud fait belle figure, également, en Papagena, dans un duo rigolo avec Papageno. Saisis par une grande émotion, les tourtereaux n’arrivent pas à prononcer leurs noms en entier, bégayant la syllabe «Pa» à tour de rôle, emportés dans une sorte de bégaiement amoureux.

Quant au Grand-prêtre Sarasto, un rôle écrit pour une voix de basse profonde, il est porté par Matthew Li qui m’a semblé manquer de puissance. L’interprète, qui est toutefois doté d’une belle présence scénique, nous apparaît d’abord à la Corbeille avant de descendre sur scène pour se joindre aux autres solistes. Bien joué!

Ces derniers sont assis aux extrémités de la scène et ils s’amènent au milieu du plateau, seulement aux moments où ils chantent, ce qui contribue habilement à dynamiser cette performance où il y a constamment du mouvement. C’est le même scénario pour les choristes de l’Ensemble ArtChoral qui se retrouvent au devant de la scène lors de leurs relativement brèves interventions. Sollicités à quelques reprises, les choristes masculins manquaient un peu de volume et d’ampleur, comparativement à leurs consœurs.

Ces quelques bémols n’ont toutefois pas empêché l’assistance nombreuse de suivre avec attention et plusieurs éclats de rire cette soirée portant la griffe de Maute. D’ailleurs, puisque les interventions parlées du musicien pimentaient généreusement ce concert, il aurait fallu peaufiner la sonorisation. À plusieurs reprises, on devait se rabattre sur la traduction anglaise en surtitres pour saisir les jeux de mots du maestro qui s’exprime pourtant dans un bon français.

Enfin, le plus grand tour de force de cette soirée réside sans doute dans la réaction du public, vraisemblablement composé en bonne partie de néophytes. Tous, y compris les enfants et les adolescents, se sont vraisemblablement laissés séduire. À en juger par la longue et chaleureuse ovation debout qui a fait vibrer la salle au rideau final, cette relève, conquise par la magie de Mozart, reviendra à l’opéra !

La Flûte enchantée (Die Zauberflöte) composée par Mozart sur un livret d’Emanuel Schikaneder était présentée dans une version concert avec l’Ensemble Caprice dirigé par Matthias Maute à la Maison symphonique, le 10 septembre 2026.

Crédit : Tam Photography

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