Félix, je me souviens : L’alouette en colère cherche son souffle

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Le tout-Montréal s’était donné rendez-vous, jeudi soir, au Théâtre St-Denis, pour la grande première du spectacle Félix, je me souviens. En mariant la musique, le théâtre, le cirque et la vidéo, cette fresque, ambitieuse mais inégale, met en lumière les nombreuses facettes de l’œuvre de ce géant de la culture québécoise, sans se limiter à ses chansons.

Imaginé par le producteur Jean Pilote, ce projet d’envergure réunit sur scène une vingtaine d’artistes de divers horizons dont Jean Maheux et Kathleen Fortin. Aucun des interprètes n’est déguisé en Félix Leclerc; à travers une série de tableaux, la production évoque plutôt des moments marquants de la vie de ce poète, homme de radio, comédien et militant.

Si la voix de Félix lui-même revient comme un fil conducteur, on se perd pourtant dans ce récit touffu où l’émotion peine à émerger.

D’entrée de jeu, on a l’impression d’être emporté dans un conte mystérieux. Sous des éclairages tamisés, des arbres apparaissent devant nous, évoquant une forêt surréaliste où débute le retour dans le temps mis en scène par Martin Genest.

Kathleen Fortin incarne la mère de Félix en interprétant d’abord La vie, l’amour, la mort, dans ce décor envoûtant !

Un hommage généreux mais surchargé

Puis, le texte du spectacle, signé par Jean-Philippe Lehoux, multiplie les notes biographiques sur ce pionnier de la chanson poétique québécoise, né à La Tuque, en 1914. On le suit dans ses débuts à la radio. On relate que ses publications en tant qu’écrivain ont parfois été éreintées par la critique. Puis, on traverse l’océan pour retrouver Félix, l’auteur-compositeur-interprète qui a conquis Paris, dès le début des années 1950, côtoyant les plus grandes vedettes françaises de l’époque, dont Raymond Devos, Georges Brassens, Édith Piaf et Patachou.

Ce voyage effréné se déroule au son de chansons parmi les plus connues de ce grand disparu, dont Notre sentier, Le Train du Nord et Hymne au printemps, ainsi que plusieurs autres qui sont moins familières aux oreilles du grand public, qu’il s’agisse de Douleur ou Le Jour qui s’appelle Aujourd’hui.

En plus d’être à l’écoute des chansons denses de Félix et balayé par tant d’informations, le public fait face à plusieurs interprètes qu’il découvre. Tous ces visages et ces voix parfois disparates côtoient une dizaine de musiciens dirigés par Julie Lamontagne et Tony Albino.

Plus encore, les arrangements fort discutables de Simon Leclerc donnent lieu à des interprétations souvent éloignées de la simplicité et la limpidité caractérisant le répertoire de celui à qui on rend hommage.

À ce programme déjà chargé s’ajoutent des rappels de moments de l’histoire du Québec qui ont amené Félix Leclerc à devenir plus militant, notamment, avec sa chanson 100 000 façons de tuer un homme. Bref, l’auditoire est essoufflé lorsqu’arrive, en fin de soirée, L’alouette en colère, pièce maîtresse dont la relecture musicale est plutôt déroutante, malgré l’ardeur et la sincérité de l’interprète, Jean Maheux.

Quant aux extraits audio de Félix, ils sont trop nombreux et trop souvent difficilement audibles.

De plus, comme si le répertoire de ce monstre sacré ne suffisait pas, on interprète aussi des titres de Claude Léveillée et Clémence DesRochers, artistes emblématiques d’un regroupement d’auteurs-compositeurs-interprètes, nommés Les Bozos en l’honneur de l’une des plus célèbres chansons de Leclerc.

Bien qu’agréables à regarder, les numéros de cirque semblent parfois superflus dans pareil contexte.

Ajoutons à cela l’usage abusif d’un plateau rotatif, de sorte que les interprètes tournent à maintes reprises autour de l’espace central de la scène, ce qui la plupart du temps n’apporte pas grand chose au récit.

Heureusement, le numéro final ramène une certaine harmonie, alors que la majestueuse Le Tour de l’île est offerte par toute la troupe réunissant, en plus des artistes déjà nommés: Klara Martel-Laroche, Laetitia Isambert, Nicolas Drolet, Caroline Tanguay, Pierre-Olivier Grondin, Jean-François Poulin et Redgee.

Enfin, malgré ses imperfections, cette riche célébration multidisciplinaire a l’immense mérite de raviver notre mémoire. Souhaitons qu’elle fasse aussi briller le fabuleux héritage de ce géant auprès des plus jeunes.

Félix, je me souviens

-À Montréal : du 14 au 25 octobre au Théâtre St-Denis

-À Québec, du 31 octobre au 15 novembre au Théâtre Capitole

*Crédit photo: Marie-Andrée Lemire

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