Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Ne vous laissez pas tromper par le titre Bienveillant ! Non, Guy Nantel n’a pas succombé au politiquement correct et on s’en réjouit ! Fidèle à lui-même, l’humoriste a encore l’audace d’aborder de front des zones de tension comme l’immigration, tout en égratignant l’hypocrisie du milieu culturel québécois, porté à se montrer vertueux et bienveillant, en défendant des causes tout en étalant sa générosité.
Pourtant, derrière cette posture de redresseur de torts à la langue bien pendue, force est de constater que Nantel joue parfois la carte de la prudence. En choisissant ses combats — quitte à épargner les femmes pour s’en prendre presque exclusivement aux hommes blancs — il donne l’impression de cogner sur des cibles faciles pour s’éviter de véritables controverses, glissant au passage vers des règlements de compte personnels plus virulents que réellement drôles.

Guy Nantel lors de la première médiatique de Bienveillant.
C’est devant des admirateurs conquis d’avance pour la plupart que Guy Nantel a présenté son nouveau spectacle en première médiatique, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, le 20 octobre. L’humoriste sociopolitique, reconnu pour ses vox-pop hilarants révélant l’ignorance des Québécois face à leurs élus, continue de mettre le doigt sur nos incohérences, dans son septième one-man-show.
L’artiste de 58 ans rejette toujours la rectitude politique et se dit prêt à en payer le prix. « Annulez-moi, c’est tout ! », lance-t-il à un public qu’il harangue d’ailleurs en le qualifiant à l’occasion de « vieux » et de « B.S. ».
Il se moque, une fois de plus, du flou identitaire de la Belle Province qui oscille souvent entre le français et l’anglais.« On est des non genrés de la culture ! », tranche-t-il.
Du même souffle, il s’en prend aux stars du Canadien de Montréal qui ne se donnent généralement pas la peine d’apprendre le français, une attitude qu’il qualifie de méprisante.
Têtes d’affiche : têtes à claques
Plusieurs politiciens goûtent aussi à la médecine de cet ex-candidat à la direction du Parti québécois qui ressasse encore sa défaite.
Faisant preuve d’une indignation fort sélective, Nantel adresse quelques reproches plutôt polis à Danielle McCann qui fut pourtant une ministre de la Santé très critiquée au début de la pandémie de Covid-19. Par contre, son successeur Christian Dubé, qui a eu le mérite de reprendre le gouvernail vacillant de ce ministère en pleine tempête pandémique, est la cible d’une attaque féroce et pas particulièrement hilarante.
L’auteur de Bienveillant s’en prend aussi sans ménagement à François Legault, même si ce dernier n’est plus dans l’actualité depuis un moment, ayant annoncé son départ de la vie politique il y a neuf mois. Paradoxalement, le polémiste ne dit pas un mot de l’ex-première ministre Christine Fréchette qui vient de mener son parti à la débandade, en plus d’avoir déclaré qu’elle en assumait l’entière responsabilité.
Sur un air de déjà-vu, il ressort les noms de Gilbert Rozon et de Gérard Depardieu, érigés en symboles d’une masculinité condamnée. Il évite, toutefois, d’aborder des affaires judiciaires récentes dont les nuances bousculent davantage le consensus populaire.
Par exemple, le chroniqueur caustique qui s’intéresse, entre autres, aux scandales sexuels et au hockey se garde bien de parler de la saga des cinq jeunes joueurs d’Équipe Canada Junior. L’affaire ultra-médiatisée a connu son dénouement en 2025, après des années de procédures judiciaires qui ont ébranlé le monde du sport.
Bien que condamnés sur la place publique, ils ont tous été acquittés d’agression sexuelle, alors qu’une juge de la Cour supérieure de l’Ontario a estimé que le témoignage de la plaignante n’était ni crédible ni fiable — un sujet en or pour un polémiste, mais visiblement trop glissant pour Nantel.
Parmi les autres têtes à claques de Bienveillant, on retrouve, notamment, Guy A. Lepage, Richard Martineau, Guy Laliberté, Maripier Morin et Gregory Charles. Le ton est toutefois plutôt au règlement de compte qu’à la satire humoristique.
Le miroir de nos préjugés
Enfin, à travers son récit éclectique allant du racisme, à la scatologie et aux dépenses publiques faramineuses, ce provocateur souriant réussit à démasquer bon nombre de nos préjugés et à nous faire rire de nous-mêmes. C’est sans doute ce qui explique pourquoi sa carrière se poursuit depuis plus de 30 ans !
—Guy Nantel présente son nouveau spectacle à travers le Québec. Il sera de retour à Montréal le 7 novembre 2026. Détails de la tournée Bienveillant, ici.
Crédit photo : Dominic Gouin

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