Dorothée Berryman : chaleureuse et glamoureuse

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Avec son magnétisme et son élégance intemporelle, Dorothée Berryman n’a pas tardé à séduire le public du Studio St-Denis, mardi soir, en reprenant avec délicatesse des standards du jazz et des classiques de la chanson française.

Celle qui a marqué la télévision québécoise avec ses rôle, entre autres, dans Terre Humaine et Des dames de cœur, nous a brillamment rappelé qu’elle maîtrise aussi l’art de la chanson. Entourée d’un trio de haut vol, elle affiche une aisance scénique sans faille et une diction exemplaire tant en anglais qu’en français.

Dorothée Berryman, entourée de Vincent Réhel au piano, Dave Watts à la contrebasse et Camil Bélisle à la batterie

Sourire éclatant, robe vaporeuse et mains gantées, elle marie le glamour des grands cabarets et un humour savoureux, égratignant au passage notre obsession collective pour l’âge et le vieillissement. Sans jamais forcer la note, elle s’avère une interprète d’une grande justesse, habitée par un amour profond pour l’univers de George et Ira Gershwin, Rodgers et Hart, sans oublier Prévert et Kosma, ni l’esprit coquin de Colette Renard.

Retour sur les moments forts d’un tour de chant feutré, où le temps s’est tout simplement arrêté.

De Gershwin à Piaf

Si les prestations de certains artistes de jazz donnent parfois l’impression qu’ils sont dans leur bulle, presque coupés du public, ce n’est certainement pas le cas de Dorothée Berryman qui entre tout de suite en dialogue avec son auditoire avec Who cares? de Gershwin.

Puis, la main sur le cœur, elle s’émeut de la fidélité de ses admirateurs. C’est dans cet esprit de gratitude qu’elle offre I’m in the Mood for Love avec une ferveur envoûtante.

Véritable kaléidoscope d’émotions, ce tour de chant fort bien construit nous entraîne ensuite dans l’univers lubrique des Nuits d’une demoiselle, qui fait rire la foule de bon cœur.

Dans un tout autre registre, on passe à La vie de cocagne, un morceau teinté de cynisme qu’interprétait Jeanne Moreau.

Puis, ce sont les grands frissons qui nous envahissent avec l’intemporelle Les feuilles mortes. Pour bien peser les mots de ce grand texte, la comédienne commence par réciter les premières strophes de Prévert sur les notes veloutées de son trio avant de laisser sa voix épouser la mélodie de Kosma.

Tout cela est de la dentelle qui nécessite un silence absolu dans la salle. Hélas, durant toute la soirée, on entendait du bruit provenant du Théâtre St-Denis, situé juste à côté, où se produisait Sting. Mais, heureusement, cela n’a pas déstabilisé la reine de la soirée qui sait aussi être drôle, notamment lorsqu’elle relate les remarques maladroites qu’on lui fait au sujet de ses 78 ans.

Dorothée Berryman au Studio St-Denis

Quel bonheur d’entendre les anecdotes avec lesquelles elle situe les compositeurs et les chansons de son répertoire. On reconnaît bien ainsi la rigueur de cette excellente communicatrice qui anima longtemps Les rendez-vous jazz du week-end sur les ondes de la chaîne musicale de Radio-Canada, aujourd’hui appelée ICI MUSIQUE.

Forte de son parcours unique, elle a su dénicher des titres moins connus qui rehaussent son spectacle dont la splendide Killing Time, un troublant récit des prétextes qu’utilisent les humains pour passer le temps. La Québécoise a d’ailleurs gravé ce morceau signé par Carolyn Leigh et Jule Styne sur son album éponyme paru en 2012, offrant ainsi un enregistrement rare d’un joyau méconnu.

Le succès de cette soirée repose aussi en bonne partie sur la richesse du trio dirigé par le pianiste Vincent Réhel. Grâce à une sonorisation impeccable, on savoure la richesse des partitions au programme sans jamais perdre un mot. Le tout se déroule dans des éclairages somptueux qui donnent parfois l’impression que de longs rideaux convergent vers la chanteuse. Et la magie ne s’arrête pas là…

Après avoir joué tant de rôles au petit et au grand écran, notamment dans Le Déclin de l’empire américain et Les Invasions barbares, Dorothée Berryman est devenue elle-même un personnage. Allumée et bien de son temps, celle qui a commencé à écouter de la musique à l’époque des gramophones pose un regard tendre sur les années de sa jeunesse et n’hésite pas à citer Mae West.

Dorothée Berryman au Studio St-Denis

Tel un crescendo, notre voyage musical s’est poursuivi avec Blue Moon et Night and Day. Entre ces deux monuments du jazz américain, ce fut la délicate Ni trop tôt, ni trop tard, une chanson de Jeanne Moreau. Dorothée Berryman a d’ailleurs souligné que si elle avait donné un titre à son spectacle, ça aurait très bien pu être celui-ci. Une confidence qui fait écho à son regard teinté d’autodérision sur le vieillissement.

Enfin, au dernier rappel, le public conquis a chanté avec elle La vie en rose de Piaf. Ce petit mardi soir frisquet a pris des allures de lumineux samedi soir de fête !

Alors, vous vous dites sans doute : quel dommage d’avoir raté pareille soirée ! Consolez-vous car on a annoncé, aujourd’hui même, une représentation supplémentaire au Studio St-Denis le 14 février prochain. Dorothée Berryman et son trio seront aussi en concert au Théâtre Petit Champlain, le 7 février 2027. Ne boudez pas votre plaisir : c’est un rendez-vous qui fait un bien fou.

Crédit photo : Karl André

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *