«Fallait pas dire ça!»: le franc-parler pour le meilleur et pour le pire

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Guylaine Tremblay et Denis Bouchard s’en donnent à cœur joie, en incarnant un couple parfois tendre et souvent grincheux dans la pièce Fallait pas dire ça! Ce duo, qui s’est illustré, notamment, dans le téléroman Annie et ses hommes, s’est permis de remanier en profondeur la pièce Fallait pas le dire de l’autrice française Salomé Lelouch, fille du cinéaste Claude Lelouch. Cette réécriture québécoise, qui est loin de faire dans la dentelle, a néanmoins fait rire une bonne partie du public de la première montréalaise, au Théâtre Desjardins de LaSalle.

Guylaine Tremblay (Diane) et Denis Bouchard (Normand), dans la pièce Fallait pas dire ça!

Après 30 ans de vie commune, Diane et Normand ont décidé de fêter ça, en s’accordant quelques jours en amoureux mais, rien ne se déroulera comme prévu. Ils auront ainsi tout le temps d’aborder d’épineux sujets d’actualité, à travers lesquels ils exprimeront leurs opinions qui surprendront parfois leur partenaire. Une question domine leurs joutes verbales: est-il souhaitable de toujours dire le fond de sa pensée? Elle croit que oui. Lui est d’avis contraire.

Complicité

Dès son entrée en scène, Guylaine Tremblay fait rire la foule dans un numéro illustrant les difficultés de son personnage à s’adapter à la technologie. Comment allumer la lumière dans cet appartement montréalais, loué chez Airbnb? Les banlieusards devront se résoudre à téléphoner au locateur et ils réaliseront que leur nid d’amour diffère considérablement de ce qu’ils avaient vu sur photo.

«On fêtera pas fort, y’a même pas de lit!», lance l’intempestive Diane à son conjoint qui tente malgré tout de voir le bon côté des choses. Mais, le pauvre homme réalise qu’il a oublié d’apporter le Champagne, ce qui lui vaut bien des sarcasmes de sa volubile dulcinée!

Complices de longue date, les deux comédiens se lancent leurs répliques avec entrain, comme s’il s’agissait d’un jeu de ping-pong verbal! Sans tomber dans le règlement de compte, on déballe des vérités qu’on a sur le cœur, notamment, au sujet de la CAQ, de Québec Solidaire et du nouveau chef libéral, Pablo Rodriguez.

Du même souffle, on écorche le président américain Donald Trump puis, on bifurque sur la question de l’avortement, en passant par la chirurgie esthétique, la fluidité de genre et quoi encore? Au bout d’une demi-heure, on se demande bien où mène ce survol de l’actualité rempli de clichés.

Maladresses

Mais, il y a pire encore! En effet, on reste abasourdi devant un raccourci gênant en guise d’explication sur l’origine du voile islamique.

Le personnage de Diane se permet aussi de soupçonner l’ensemble des enseignants masculins de pédophilie, ce à quoi Normand s’objecte mollement.

Dans cette adaptation truffée de maladresses, on dénigre également le Journal de Montréal. En plus d’être méprisant envers ce quotidien et ses nombreux lecteurs, ce n’est pas drôle!

Et que dire de cette scène où les deux comédiens imitent les gémissements des actrices et acteurs porno ? Plutôt pénible !

À quelle heure le punch?

À vrai dire, cette longue discussion de 80 minutes va dans tous les sens, sans apporter grand chose de neuf, malgré les talents de ce tandem d’acteurs qui signent aussi la mise en scène fort prévisible de Fallait pas dire ça! Il n’y a pas de montée dramatique, pas de punch!

Les productrices de ce spectacle, Les Agents Doubles, qui avaient enchanté le public, l’été dernier, avec Le Prénom, une pièce française de haut vol, nous amènent, cette année, au ras des pâquerettes. Si ce n’était de la grande popularité de Guylaine Tremblay, ce spectacle passerait sans doute inaperçu.

Fallait pas dire ça !

D’après une pièce de Salomé Lelouch

Mise en scène, adaptation et interprétation : Guylaine Tremblay et Denis Bouchard

Au Théâtre Desjardins, à LaSalle, du 4 au 12 juillet, ainsi que les 29 et 30 août.

Cette pièce sera aussi présentée en tournée au Québec: https://agentsdoubles.ca/ad/fallait-pas-dire-ca/

*Crédit photo: Karl André 

Commentaires

Une réponse à “«Fallait pas dire ça!»: le franc-parler pour le meilleur et pour le pire”

  1. Avatar de Serge Lehoux
    Serge Lehoux

    Ouf… ça ne donne pas le goût d’aller voir cette pièce…

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