«Florent Vollant : Innu», un documentaire aux allures de testament

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Le Théâtre Outremont était rempli, vendredi soir, pour la première du documentaire Florent Vollant : Innu. Après avoir subi un AVC, en 2021, l’artiste a entrepris dès l’année suivante, avec la réalisatrice Isabelle Longnus, ce projet de film qui arrive au cinéma, en cette fin d’été.

Avec douceur et retenue, le musicien né au Labrador y raconte les traumatismes issus de ses années de vie au pensionnat. Il se remémore aussi l’ascension fulgurante du duo Kashtin, qu’il formait avec Claude McKenzie et l’impact dévastateur que la crise d’Oka a eu sur leur popularité.

Tout au long de ce film de 96 minutes, Florent Vollant témoigne de l’amour indéfectible de ses proches qui continuent de veiller sur lui, alors qu’il est forcé à l’immobilité depuis son accident vasculaire cérébral.

En ce soir de première (8 août), juste avant la projection, l’homme est d’ailleurs apparu en fauteuil roulant sur la scène du Théâtre Outremont, aux côtés de son fils Mathieu Mckenzie et de la réalisatrice du film. Florent Vollant a été longuement ovationné, après avoir remercié le public d’être présent à ce rendez-vous organisé dans le cadre de la 35e édition du Festival international Présence autochtone.

L’urgence de se raconter

Florent Vollant, qui célèbre son 66e anniversaire en ce 10 août, se révèle sans faux-fuyant devant la caméra de son amie Isabelle Longnus, une Française qui vit maintenant en Colombie-Britannique. Il raconte ses erreurs de jeunesse, ses déceptions, mais aussi, son amour du territoire qui l’a vu naître, etc. Ce récit est porté par des images souvent éblouissantes!

D’entrée de jeu, on survole des espaces majestueux du Labrador, pendant que Vollant y va d’une première confidence:

«Je suis venu au monde sous la neige, dans l’immensité. Je n’avais ni froid, ni faim. Jamais. Mes parents m’ont protégé. Mon père connaissait le territoire.»

Florent Vollant et Isabelle Longnus, réalisatrice du documentaire sur le chanteur innu.

Puis, photos à l’appui, on se transporte au pensionnat de Maliotenam, non loin de Sept-Îles, où Florent Vollant a vécu entre l’âge de 5 et 13 ans. C’est là qu’il s’est familiarisé avec un xylophone jouet qui a changé sa vie.

«C’est avec cet instrument et son livret que j’ai découvert la musique: je suivais les couleurs qu’il y avait sur le livret et ça faisait une mélodie. Quand je les ai toutes apprises par cœur, j’ai essayé d’inventer des mélodies et c’est avec ça que je me suis créé un monde.»

Ces sept années au pensionnat ont aussi profondément transformé sa relation avec ses parents: «On n’avait plus le même langage, mes parents continuaient de parler de forêts, de montagnes, d’immensité. Puis moi, je parlais de livres, de crayons. Il y avait un fossé qui s’était établi avec eux.»

La musique salvatrice

Malgré tout, Florent Vollant a réussi à réaliser ses rêves, en grande partie à travers la musique. En plus de ses succès avec Kashtin, il a enregistré plusieurs albums solo et récolté de prestigieuses récompenses, incluant des prix Juno et Félix et il a été fait Compagnon de l’Ordre des arts et des lettres du Québec.

Florent Vollant avec l’une de ses filles, sur la Côte-Nord.

La famille et la transmission des valeurs sont aussi fondamentales dans la vie de ce père de cinq enfants. La vraie liberté, c’est de me retrouver avec ceux que j’aime, précise-t-il, dans le documentaire.

On voit aussi Florent Vollant captivé par une foule de jeunes qui chantent en innu, à l’intérieur de l’église de Cloridorme, en Gaspésie. Cette scène émouvante a été tournée en 2023, année où Vollant a été le premier Autochtone à l’honneur comme artiste passeur au Festival en chanson de Petite-Vallée.

Passeur dans l’âme, Vollant a aussi ouvert, en 1997, un studio près de sa maison à Maliotenam, ce qui aide plusieurs artistes autochtones à enregistrer des disques.

Après toutes ces années, sa passion pour le rayonnement de sa culture demeure intacte. Même diminué physiquement, le sexagénaire continue de militer pour l’instauration de quotas de 5% de musique autochtone à la radio.

De facture plutôt conventionnelle, Florent Vollant : Innu donne parfois l’impression de s’éparpiller. On a même invité des vedettes dont Roch Voisine et Émile Bilodeau à donner leur appréciation de l’apport artistique de Florent Vollant.

En fait, il est difficile de nommer la ligne directrice de ce documentaire à la fois poétique et politique.

Chose certaine, on ne saurait demeurer indifférent durant ce film sans dérobade. Florent Vollant regarde en face sa santé chancelante et se réjouit du fait que sa musique lui survivra. «Je ne vous laisserai pas tout seul», lance-t-il, avec sa vulnérabilité totalement assumée. Troublant!

Le film Florent Vollant : Innu sera présenté en salle à compter du 22 août, notamment au Cinéma Beaubien.

https://maison4tiers.com/florentvollant-innu/

*Photos fournies par Nikan Productions

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