Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
De nombreux spectateurs sont arrivés déguisés en personnages de l’univers d’Harry Potter, jeudi soir, au théâtre Espace libre, pour assister à La grande mascarade. Il faut dire que les idéateurs et interprètes de cette pièce, Etienne Lou et Gabriel-Antoine Roy, prétendent avoir été «chargés par les dieux du théâtre de raconter l’histoire des Reliques de la mort du phénomène littéraire Harry Potter». Quoi qu’il en soit, ce tandem, qui a bien des tours dans son sac, arrive à captiver son public, la plupart du temps…
L’art du masque
À vrai dire, La grande mascarade a peu à voir avec les aventures du jeune sorcier imaginé par J. K. Rowling. Il y a bien une ampoule lumineuse qui se déplace mystérieusement sur scène et une chaise qui descend du plafond en se balançant au rythme de la musique mais, ce ne sont là que des à-côtés.
Les deux acolytes tiennent plutôt la foule en haleine avec, entre autres, l’art du masque qui s’avère d’une grande efficacité pour évoquer l’essentiel de l’être humain, en passant par l’amour, la trahison, l’orgueil, les préjugés, etc. Leurs répliques sont souvent loin d’être limpides mais, les mimiques de ces deux boute-en-train ne cessent de déclencher des rires.
Ils plongent aussi avec un plaisir évident dans des numéros dansés, inspirés du krump, un style né à Los Angeles à la fin des années 1990 et caractérisé par des mouvements rapides et saccadés, ainsi que des mimiques agressives. À cela s’ajoute un véritable ballet de rideaux de scène qui s’ouvrent et se referment inopinément!

Cela dit, il y a des longueurs dans ce spectacle d’une heure 15 minutes. Par exemple, le numéro où l’un des comparses se retrouve seul sur scène et prétend ne pas être un comédien m’a paru interminable! Ce personnage du pauvre homme mal à l’aise, qui ne supporte pas qu’on le regarde, s’éternise au point de créer un malaise dans l’assistance.
D’autre part, on multiplie les interactions avec les spectateurs appelés à s’exprimer sur certains sujets. Cela devient lassant, d’autant plus que, lorsqu’on est assis derrière eux, on ne comprend pas ce qu’ils disent.
Passant du coq-à-l’âne, on a même invité l’auditoire à s’amener sur scène pour une marche symbolique propalestinienne.
Basculer dans l’autre monde
Malgré ses allures de fourre-tout, La grande mascarade parvient à nous émouvoir, principalement durant le dernier quart d’heure de la représentation. Alors que deux personnages parlent de leurs craintes devant la mort, ils se rappellent les circonstances dans lesquelles leurs pères sont décédés.
L’un des protagonistes ouvre ensuite une trappe intégrée à la scène et on bascule dans l’autre monde, où les deux papas défunts échangent sur les derniers moments de leur vie terrestre. Ils se remémorent aussi leurs fils bien-aimés. Malheureusement, les spectateurs qui n’étaient pas assis aux premières rangées ont perdu bien des mots de cette conversation ultime qu’il faudrait livrer avec une meilleure projection.
Malgré ses maladresses, ce spectacle, qui a été présenté en 2024 au théâtre La Chapelle, ne manque pas d’originalité. À vous de décider si vous avez le goût d’une aventure théâtrale où l’absurdité est souvent poussée à l’extrême.
La grande mascarade est à l’affiche au théâtre expérimental Espace libre, jusqu’au 23 août.

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