La damnation de Faust à la Maison symphonique: le diable est dans les détails…

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Rafael Payare et l’Orchestre symphonique de Montréal ouvrent leur saison 2025-2026 avec un concert d’envergure consacré à La damnation de Faust de Berlioz, une œuvre hybride entre opéra, cantate et oratorio. En plus du Choeur de l’OSM et des Petits Chanteurs de Laval, on a fait appel à quatre solistes de réputation internationale, dont Andrew Staples dans le rôle-titre.

Diablement en forme, les musiciens de l’OSM et leur chef brillent dans cette imposante partition qui fascine par sa richesse orchestrale et la variété de ses ambiances, allant de la bouffonnerie au drame. Une deuxième représentation de ce concert aura lieu ce soir, 18 septembre.

Ambiances contrastantes

Inspirée du Faust de Goethe traduit par Gérard de Nerval, cette «Légende dramatique en quatre parties» suit le destin tragique de Faust qui fait un pacte avec Méphistophélès, en échange du bonheur et de l’amour de Marguerite. Cette alliance entraîne Faust en enfer, tandis que Marguerite trouve la rédemption.

Avec une grande vitalité, Payare guide son orchestre à travers les ambiances contrastantes de l’œuvre, en faisant honneur au génie rythmique de Berlioz, qu’il s’agisse de la Marche hongroise, du Ballet des sylphes ou du Menuet des follets.

Andrew Staples, ténor et Sir Willard White, baryton-basse, dans La damnation de Faust.

Le maestro réussit à garder une attention constante pour les chanteurs dont il ne couvre jamais la voix. On peut ainsi apprécier la délicatesse du timbre vocal d’Andrew Staples, dans les moments introspectifs, dont «Merci doux crépuscule».

Mais, ce ténor semble manquer de puissance dans certains airs dont «Nature immense».

Prononciation française défaillante

Le Britannique a aussi d’importantes lacunes dans sa prononciation du français. Entre autres, il chante les «oisoux», au lieu des oiseaux et la «nouit», plutôt que la nuit.

La soprano Karen Cargill dans La damnation de Faust.

Des failles du même ordre surgissent chez Karen Cargill, dans le rôle de Marguerite. Avec elle, le mot étouffer devient «étuffer».

Cela dit, la soprano a toujours une voix d’une grande souplesse, judicieusement mise au service des sentiments exprimés. «D’amour l’ardente flamme», un air où Marguerite témoigne de sa douleur de vivre séparée de Faust, a d’ailleurs été l’un des moments les plus émouvants de la soirée.

Pour sa part, Sir Willard White s’avère un Méphistophélès intense. Le baryton-basse âgé de 78 ans affiche une maîtrise vocale remarquable et un charme indéniable, notamment, dans l’air «Voici des roses».

Enfin, Ashley Riches est impeccable dans le rôle de Brander. Le baryton-basse excelle, entre autres, dans la fameuse chanson humoristique sur un rat qui finit empoisonné, le tout interprété dans un esprit satirique et macabre. 

Une question demeure: pourquoi avoir choisi des britanniques alors que des chanteurs d’ici ou d’ailleurs dans la francophonie auraient certainement pu interpréter ces rôles? Devant pareil résultat, on a l’impression que la qualité de la prononciation du français n’est qu’un détail plus ou moins secondaire pour la direction artistique de l’OSM!

Rafael Payare dirige La damnation de Faust.

Cela dit, les principaux solistes n’offrent pas des performances mémorables et leurs problèmes de diction discréditent l’ensemble du concert. Quant à la structure éparpillée de la partition qui va dans tant de directions musicales, elle finit par dérouter bien des mélomanes entendus au cours de l’entracte.

Heureusement, le chœur joue un certain rôle rassembleur aux yeux de plusieurs spectateurs. En fait, il y a des chœurs mixtes (Choeur des paysans, Chœur des voisins, etc.) Il y a aussi des chœurs entièrement masculins (Chœur des soldatsChœur des étudiants, etc.) et des chœurs entièrement féminins (Chœur des pèlerinesChœur des anges, etc. 

Très investis, les choristes ont d’ailleurs fait grimper l’applaudimètre au terme de ce concert de 2 heures 40 minutes, incluant un entracte. Malgré les réserves exprimées, il ne faut pas rater l’occasion d’aller écouter cette œuvre colossale plutôt rarement présentée chez nous.

La damnation de Faust

Légende dramatique d’Hector Berlioz

Interprétée par l’OSM, dirigé par Rafael Payare

Solistes: Andrew Staples, Karen Cargill, Sir Willard White, Ashley Riches

Chœur de l’OSM, Petits Chanteurs de Laval

À la Maison symphonique, les 17 et 18 septembre, à 19h 30.

*Photos prises par Antoine Saito.

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