Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Un public nombreux et remarquablement attentif était au rendez-vous, mercredi soir, à la Maison symphonique, alors que Le Messie de Haendel y était dirigé pour la toute première fois par Rafael Payare. Le maestro féru d’oeuvres de Mahler et Chostakovitch a su mener avec une grande cohésion cet oratorio pour choeur, solistes vocaux et orchestre qui fait partie du répertoire de l’OSM depuis 1937, a souligné, en début de soirée, Mélanie La Couture, cheffe de la direction de l’orchestre. Ce concert emblématique du temps des Fêtes est présenté une deuxième fois, en ce jeudi soir, 11 décembre.

Le Messie de Haendel, dirigé par Rafael Payare, à la Maison symphonique.
Le Messie, chef-d’œuvre composé en 1741, repose sur un texte qui se réfère principalement à la résurrection du Christ, permettant à l’humanité d’accéder au salut. Le livret en anglais de Charles Jennens est inspiré de la Bible et chanté sur une partition de 47 mouvements répartis en trois sections, selon l’édition Bärenreiter, 1972.
Pour ce qui est des solistes, on a fait appel au chanteur sud-africain Levy Sekgapane, lauréat en 2017 du concours Operalia fondé par Plácido Domingo. Dès son entrée en scène pour interpréter le premier récit de l’oeuvre, «Comfort ye my people» (Consolez mon peuple), le ténor se gratte la joue et bouge la tête de gauche à droite, comme s’il cherchait ses repères avant une répétition!
Après cette curieuse entrée en matière, on a pu apprécier le timbre coloré et le phrasé élégant de cet interprète dont le chant a toutefois tendance à se crisper.
Heureusement, ce n’est pas le cas de l’éblouissant Roderick Williams qui brille à chacune de ses interventions, notamment, dans l’air sublime : «The trumpet shall sound and the dead shall be raised incorruptible» (La trompette sonnera et les morts se relèveront, incorruptibles), magnifié par l’émouvant solo de trompette de Paul Merkelo.
En plus de sa musicalité profonde, ce baryton qui a été l’un des solistes vedettes du couronnement du roi Charles III, en 2023, sait exprimer l’émotion des textes, avec simplicité. Grâce à sa maîtrise de l’art de la narration, on est emporté par un récit vivant!

Pour sa part, la mezzo-soprano Luciana Mancini fait preuve d’une belle présence vocale et scénique. Spécialiste du répertoire baroque, la chanteuse chileno-suédoise qui a collaboré avec les chefs Jordi Savall et René Jacobs, interprète avec grande sensibilité l’air bouleversant, «He was despised and rejected of men».
On est toutefois souvent perplexe devant la traduction française qui apparaît devant nos yeux. Par exemple, au moment où il est question du Sauveur qui a racheté nos fautes, en étant meurtri pour nos injustices, on peut lire en surtitres : «Il a été navré pour nos forfaits»!

Cela dit, ce Messie lumineux, on le doit aussi à la soprano britannique Lucy Crowe qui avait fait grande impression dans l’opéra Alcina de Haendel avec les Violons du Roy, en 2023. Sa voix étincelante nous laisse bouche bée, qu’il s’agisse de son interprétation de récits méditatifs, ou de l’air flamboyant «Rejoice greatley».
Quant à l’impeccable Choeur de l’OSM dirigé par Andrew Megil, il est la pierre angulaire de ce concert dont le grandiose Hallelujah demeure le moment le plus attendu du public.
Rafael Payare sait mettre tout son monde en valeur dans ce grand voyage musical de près de trois heures qui culmine avec le puissant Amen porté par le choeur et l’orchestre. Magistral!

Le Messie : Alléluia!
Avec l’Orchestre symphonique de Montréal et le Choeur de l’OSM, sous la direction de Rafael Payare.
Solistes: Lucy Crowe, Luciana Mancini, Levy Segkapane, Roderick Williams
À la Maison symphonique, les 10 et 11 décembre à 19h 30
*Crédit photo: Antoine Saito

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