Figure montante de la chanson québécoise, Arielle Soucy s’est produite pour la première fois au Théâtre Jean-Duceppe, mardi soir, pour le lancement de son deuxième album intitulé Passages. Entourée de quatre musiciens et choristes, l’autrice-compositrice-interprète chante ses angoisses et sa recherche de lumière sur des musiques magnifiées par de splendides harmonies vocales. Mais, je suis resté sur ma faim, au terme de ce rendez-vous à la fois doux et flou.
Des chansons introspectives
Comme plusieurs admirateurs d’Arielle Soucy, j’ai été touché, entre autres, par la pièce d’ouverture de son dernier opus. La sonorité de l’orgue sur ce morceau intitulé Pattern semble révéler la fascination de l’artiste pour la spiritualité et la musique religieuse. Or, on retrouvait une part de cette magie sur scène mais, dans l’ensemble, on ne peut pas dire que ce spectacle de lancement fut pleinement convaincant.
Premièrement, à peine la moitié des quelque 750 sièges avaient trouvé preneur dans cette grande salle de la Place des Arts, plus ou moins appropriée au style intimiste de l’artiste. Il faut aussi dire que l’heure tardive de ce concert n’était sans doute pas idéale. À mi-parcours, la chanteuse nous a d’ailleurs spontanément demandé: «Vous vous endormez pas trop?»
La soirée a débuté vers 21h, avec une première partie de l’artiste canadien trans Bells Larsen, qui a ravi le public avec ses chansons folk. Arielle Soucy n’est finalement entrée en scène qu’un peu avant 22 heures. Environ une heure plus tard, elle avouait candidement: «Pour moi, c’est l’heure du dodo!»
Bien que les textes des chansons de Passages soient loin d’être banals, qu’il s’agisse de Nid de vie, Varieties of Quiet ou How to be me, on les a souvent perdus dans une sonorisation plutôt floue. Quant aux éclairages, ils nous donnaient parfois l’impression d’assister à une répétition. Dommage!
Il faut dire qu’on s’attendait à un concert fignolé de la part de cette musicienne dont le premier disque, Il n’y a rien que je ne suis pas, a reçu six nominations à l’ADISQ 2024, dont celles de Révélation de l’année et Album folk de l’année. Malgré son bagage enviable, elle se laisse aller à une sorte de nonchalance sur scène.
Par exemple, après avoir joué plusieurs mesures d’une intro à la guitare, elle s’arrête soudainement pour accorder son instrument, un peu comme on le ferait lors d’un feu de camp. Elle s’amuse aussi du fait d’être en spectacle «dans un sous-sol de la Place des Arts», le Théâtre Duceppe étant situé sous le Théâtre Maisonneuve. Drôle de façon de parler de ce concert qu’on voyait pourtant comme une étape majeure dans sa carrière!
Puisqu’on est au Festival de jazz, elle interprète Moon River, un standard de pop traditionnelle souvent repris à la sauce smooth jazz. Sans être mémorable, c’était certainement plus réussi que sa version larmoyante de Soleil Soleil de Nana Mouskouri.
Puis, un moment fort arrive vers la fin du spectacle, alors que la trentenaire s’installe dans un arche auquel est accroché un rideau qui donne l’impression d’être balayé par le vent. Avec une grande intensité, elle évoque ses problèmes d’acouphène, tout en rappelant avec justesse que le corps est à la fois un vaisseau sublime mais aussi une grande source de souffrance avec laquelle on peut cependant faire la paix. C’est à la fois bouleversant et théâtral, tout en laissant entrevoir les possibilités de cette créatrice.
Bref, même si son spectacle demeure à peaufiner, on est touché par la profondeur et la sincérité de cette artiste et son indéniable sens de la mélodie.
Arielle Soucy sera en tournée au Québec et en Ontario, cet été. Voir les dates de ses spectacles, ici.

Laisser un commentaire