Danse Danse ouvre sa saison automnale avec Ihsane, un spectacle d’envergure de Sidi Larbi Cherkaoui, chorégraphe et danseur belge néerlandophone. 19 danseurs du Ballet du Grand Théâtre de Genève et de la compagnie Eastman, fondée par Cherkaoui, évoluent aux rythmes de pièces de musique arabe, magnifiquement interprétées sur scène par quatre instrumentistes, ainsi qu’un chanteur et une chanteuse.
Ce spectacle composé de plusieurs tableaux d’une grande beauté nous transporte au Maroc, dans un voyage à la recherche des origines du père de Cherkaoui, disparu alors que le chorégraphe était encore adolescent. Malheureusement, cette œuvre à la fois poétique et politique va dans tellement de directions qu’elle ne tarde pas à semer la confusion.

«Ihsane» signifie «bonté» et «bienveillance» en arabe et invite à une communion avec l’univers, peut-on lire dans le programme de Danse Danse. Or, l’univers que nous présente Cherkaoui semble si personnel qu’il nous apparaît comme étant hermétique.
À elle seule, son entrée en matière est à tout le moins discutable! Au lever de rideau, un personnage qui représente vraisemblablement un iman écrit au tableau ce qui semble être des versets du Coran. Il insiste sur la prononciation de quelques mots arabes en les faisant répéter à ses élèves. L’un d’eux n’arrive pas à prononcer correctement et il reçoit quelques tapes sur la tête de la part de l’iman.
Ce dernier se tourne ensuite vers le public qu’il enjoint de répéter ces mêmes mots. Et on lui obéit! Des centaines de spectateurs répètent alors des paroles qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes! Étrange jeu!
D’ailleurs, tout ce spectacle se déroule au son de chants arabes où brillent Mohammed El Arabi Serghini et Fadia Tomb El-Hage. La musique composée par Jasser Haj Youssef est envoûtante mais, pas le moindre titre ou surtitre ne vient nous éclairer sur le sens des poèmes choisis.
Pendant ce temps, les danses se succèdent parfois au milieu de projections éblouissantes de fleurs réparties sur quatre écrans. Il y a aussi un numéro où les danseurs s’enveloppent de tapis orientaux. Des symboles de la culture marocaine apparaissent, qu’il s’agisse de théières, de babouches jaunes, etc.
Soudainement, on plonge dans une séquence où l’un des danseurs se fait égorger. Encore faut-il savoir que le chorégraphe veut ainsi nous rappeler le meurtre homophobe d’un jeune Belgo-Marocain, à la sortie d’une boîte de nuit à Liège en 2012. Pour souligner doublement cette scène de violence, des photos d’agneaux et de mains ensanglantées défilent en arrière-plan.
Dans ce fouillis d’images, un homme traverse la scène avec un chandail où est écrit le mot Palestine. Un street dancer se joint brièvement à la troupe sans qu’on comprenne pourquoi. Un ballon de soccer atterrit au milieu des danseurs. On chante aussi un extrait de Mourir sur scène, tube emblématique de Dalida; ce sera le seul extrait de chanson en français de la soirée. Comment décoder le fil dramatique, alors que tout semble pêle-mêle, comme les pièces d’un casse-tête à assembler?
Enfin, le dernier tableau s’apparente à une cérémonie funéraire. Les danseurs se passent du sable de main en main et le versent ultimement dans un immense cube grillagé qui s’élève vers le plafond. S’ensuit une pluie de sable qui évoque sans doute les cendres du père disparu et des victimes de crimes racistes.
Ce moment touchant arrive toutefois au terme d’un spectacle disparate d’une heure 45 minutes. En multipliant ainsi les dédales, le chorégraphe ne parvient pas à faire entrer le public dans son voyage intérieur, si noble soit-il.
Ihsane est présenté au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 4 octobre.
Cette chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui sera ensuite à l’affiche du Centre National des Arts, les 9 et 10 octobre 2025.
*Photos fournies par Danse Danse

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