Claude Côté / Collaboration spéciale
Le virtuose batteur de 75 ans Carl Palmer est désormais le seul survivant du super trio de rock progressif Emerson, Lake & Palmer qui a fait les beaux jours de la mouvance progressiste du rock durant les années 70, aux côtés des Yes et autres Genesis de l’époque.
On se souvient, entre autres, du fameux concert d’ELP du 26 août 1977 dans un Stade Olympique sans mât, où le triumvirat nous avait servi Works Vol.1, cet album tout en noir où l’on repérait l’instrumentale Fanfare For The Common Man (Aaron Copland), pièce qui a atteint le sommet des palmarès en Grande-Bretagne, nous a confié le très posé Palmer qui nous a causé entre chaque morceau offert.
Dimanche soir dernier, au Théâtre St-Denis, étaient conviés les admirateurs du groupe -on affichait d’ailleurs presque complet- pour ces retrouvailles musicales avec l’univers musical d’ELP, sous la gouverne de Carl Palmer.
Avec l’accord des familles de Keith Emerson et de Greg Lake, cette soirée hommage qui a réuni les fans de la première heure, a mis en lumière ces deux artistes regrettés, grâce à des écrans placés de chaque côté de la scène.
À gauche, on voyait le spectaculaire Emerson brasser ses multiples claviers comme un sorcier fou, ou jouer des arpèges de notes en mode néo-classique sur un piano droit, lors d’un concert d’ELP au Royal Albert Hall de Londres, en 1992. Et à droite, le ténébreux Greg Lake, sa basse, son faciès joufflu et sa voix d’ange, captée lors de ce même concert.
Grâce à la technologie, ces mythiques disparus rejoignaient trois musiciens vivants sur scène, dont Palmer et sa batterie bien au centre, avec la complicité du guitariste Paul Bielatowicz, aussi chanteur et du bassiste et joueur de Chapman Stick, Simon Fitzpatrick.
Le dosage du concept était à point: on ne voyait pas Lake et Emerson tout le temps, ce qui a permis d’apprécier les échanges des musiciens devant nous en chair et en os.
Des airs connus
Dans une courte vidéo d’introduction, on a pu voir, entre autres, un extrait d’un épisode des Simpsons où Homer zigzague au volant de sa voiture en chantant Lucky Man, un titre emblématique d’Emerson, Lake & Palmer. Cette scène a bien fait rire la salle!
Puis, le coup d’envoi est donné avec la vibrante Karn Evil 9, 1st Impression, part 2 et sa phrase légendaire: Welcome Back My Friend To The Show That Never Ends!, suivie de Hoedown et Knife Edge. Quelle retentissante taloche! Une première observation: Palmer est au sommet de sa forme, les versions initiales des pièces sont rigoureusement respectées, l’osmose est parfaite!
Les vrais «trippeux» d’ELP ont lévité lorsque Palmer a présenté la très complexe Tarkus, pièce titre du deuxième album du groupe et qui dure pas moins de vingt minutes! La cadence est nerveuse, les changements de tempos nombreux, on est dans du ELP instrumental qui marche sur des hauts sommets. Et en valeur ajoutée, un film d’animation de science-fiction où l’on voit un animal, le tatou, monté sur des chenilles tel un char d’assaut dans un petit film fantastique.
On a aussi eu quelques moments d’accalmie avec feu Greg Lake chantant des airs doux comme From The Beginning (accompagné en simultané par Palmer qui joue des congas), ou alors l’intemporelle Lucky Man, premier succès américain du groupe. Puis, on a fait place à des morceaux plus rock: Paper Blood (rare clip où l’on voit Greg Lake jouer de l’harmonica) et Carmina Burana (adapté en rock post-apocalyptique).
C’est alors que Carl Palmer nous a sidéré avec un solo de batterie d’une bonne dizaine de minutes. Ce grand technicien et athlète des fûts nous a fait une sublime démonstration de la musicalité d’une batterie avec des roulements croisés, des explorations de ses cymbales, tenant sa baguette de la main gauche entre ses doigts comme un jazzman, multipliant les prouesses sur son attirail, allant jusqu’aux coups de semonce sur deux gongs placés derrière lui.
Et, pour terminer de façon théâtrale: le septuagénaire est debout, martelant ses deux grosses caisses avec ses pieds, les bras dans les airs, créant un grondement soutenu. Quelle énergie les amis!
Ce solo de batterie est le meilleur que j’ai vu dans ma vie et à lui seul, il valait le prix d’entrée!
ELP: Welcome Back My Friends / An Evening with Emerson, Lake & Palmer
Théâtre St-Denis, 14 septembre 2025
Voir les dates de la tournée: https://carlpalmer.com/tourdates.php

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