Francis Choinière et l’OPCM : un 10e anniversaire lumineux!

Une foule considérable était au rendez-vous, samedi soir, à la Maison symphonique, pour le concert de fin de saison de l’Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes, dirigé par Francis Choinière. Fait à noter, un bon nombre de jeunes dans la vingtaine étaient présents, lors de cette soirée consacrée à la monumentale Symphonie No 2 «Résurrection» de Mahler, une oeuvre de près de 90 minutes sans entracte, exécutée par quelque 200 musiciens et choristes.

Après avoir gagné la confiance du public, au fil des ans, avec des oeuvres très connues dont les opéras Carmen et La Bohème en version concert, le chef de 28 ans et l’OPCM poursuivent leur ascension.

L’effet Choinière

Francis Choinière dirige l’OPCM à la Maison symphonique, le 24 mai 2025.

L’offre de concerts de musique classique étant considérable à Montréal, il est évident que les mélomanes font leurs choix en fonction des interprètes à l’affiche. De ce point de vue, Francis Choinière a réussi, depuis le début de sa carrière, à attirer l’attention d’un large public. Non seulement il dirige Mozart, Beethoven, Verdi, etc., mais il a également été à la barre de ciné-concerts. Il a aussi piloté une tournée d’hommage symphonique aux Beatles et des concerts de pièces tirées des films de James Bond avec Véronic DiCaire et Benoît McGinnis.

En plus d’apprécier tous ces univers musicaux, le maestro a visiblement envie de faire découvrir ou redécouvrir des oeuvres moins fréquentées par le grand public. C’est avec ce mélange de passion et d’érudition qu’il a réussi à entraîner la foule et garder son attention du début à la fin de la «Résurrection», symphonie en cinq mouvements, dont le dernier dure à lui seul plus d’une demi-heure!

L’OPCM célèbre ses 10 ans d’existence.

Dès le début du concert, on constate que l’Allegro est basé sur un ensemble de contrastes qui traversent toute la «Résurrection», marquée par des passages tourmentés et violents, suivis de parties plus calmes mais, néanmoins, empreintes de sentiments douloureux. Avec une remarquable économie de gestes, Choinière sait guider son imposante équipe à travers ces montagnes russes émotionnelles!

En fait, le premier mouvement, qui dure une vingtaine de minutes, est si violent et il contraste si profondément avec l’Andante que Mahler demandait une pause d’au moins cinq minutes entre les deux, ce qui est rarement respecté. À l’OPCM, on a tout de même marqué un temps d’arrêt durant lequel on en a profité pour réaccorder les instruments, alors que les retardataires se sont faufilés jusqu’à leurs sièges.

L’oeuvre se poursuit sur un tempo très modéré. Le troisième mouvement est imprégné de tranquillité, alors que les cordes et les vents jouent une mélodie en apparence légère mais, qui sera bientôt envahie par une certaine aigreur, symbolisant l’éternel recommencement et la futilité de la vie.

Ce n’est qu’au quatrième mouvement, c’est-à-dire plus de quarante minutes après le début du concert, qu’une première voix se fait entendre. Placée à l’avant de la scène pour cette intervention, la mezzo-soprano Allyson McHardy brille avec son timbre velouté. Par contre, elle chante avec un étonnant détachement, des vers pourtant déchirants : «Der Mensch liegt in größter Not! Der Mensch liegt in größter Pein!» (L’Homme gît dans la misère ! L’Homme gît dans la douleur!)

La mezzo-soprano Allyson McHardy et l’OPCM.

Spatialisation

Puis, on entre dans le dernier mouvement, introduit par une explosion aux cymbales! Au coeur de cette orchestration spectaculaire, apparaît le thème de la résurrection joué par les cuivres qui gagnent en puissance jusqu’au déchaînement exprimé dans un martèlement de timbales.

Après un moment de silence, l’hymne de la résurrection est entonné par le choeur a cappella auquel s’ajoute Sarah Dufresne, soprano à la voix envoûtante et d’une grande justesse! Allyson McHardy se joint à eux pour interpréter, cette fois-ci, des paroles d’espoir: «es geht dir nichts verloren!» (rien ne sera perdu).

Le thème de la résurrection est repris par les ténors et les basses, qui se distinguent par la puissance et la précision de leurs interventions, dans leur dialogue avec les sopranos et les altos. Le tout culmine avec l’annonce finale de la résurrection avec orgue.

Cette opulence est magnifiée par une spatialisation bien pensée. En plus d’un ensemble de cuivres et de percussions qui joue depuis les coulisses, d’autres musiciens, des trompettistes notamment, s’installent à la mezzanine, au cours du 5e mouvement, alors que les 2 solistes chantent depuis la corbeille, tout près du chœur.

Le choeur de l’OPCM, dans la «Résurrection» de Mahler.

Cela dit, les puristes souligneront, avec raison, que tout n’était pas parfait dans cette exécution. À plusieurs reprises, les attaques des cuivres étaient loin d’être irréprochables. On trouvera sans doute à redire sur certaines prononciations des chœurs en allemand mais, dans l’ensemble, cette «Résurrection» aura été convaincante! En célébrant ainsi son 10e anniversaire, l’OPCM a su faire preuve d’audace en interprétant pour la première fois cette oeuvre grandiose!

Francis Choinière et l’OPCM nous ont une fois de plus démontré qu’ils se sont taillé une place bien méritée sur notre scène musicale. Ils seront de retour à la Maison symphonique les 7 et 9 novembre 2025 dans un programme réunissant Carmina Burana et Le sacre du printemps.

Voir la programmation 2025-2026 de l’Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes: https://fr.opcmelomanes.ca

Crédit : Tam Photography

Commentaires

Une réponse à “Francis Choinière et l’OPCM : un 10e anniversaire lumineux!”

  1. Avatar de Jean-Paul Coulombe
    Jean-Paul Coulombe

    Déjà 10 ans!
    Quel bel exploit.

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