Rafael Payare et l’Orchestre symphonique de Montréal terminent la saison avec une vibrante interprétation du Chant de la terre de Mahler, dans un concert qui met aussi en lumière la culture autochtone. On assiste ainsi à la création de deux oeuvres dont une est chantée en langue mi’kmaq.
Cérémonie du tambour

Le programme résolument original de cette soirée s’est ouvert avec une bruyante «cérémonie du tambour». Un aîné innu de la Basse-Côte-Nord est venu jouer d’un tambour traditionnel, tout en chantant des mots incompréhensibles pour la majeure partie de l’assistance. À noter que maestro Payare s’est assis parmi les musiciens pour écouter ce prélude au concert.
Pensionnats autochtones
Puis, on est entré dans l’univers lugubre de la pièce You Can Die Properly Now, à la mémoire des enfants des pensionnats autochtones. La musique d’Ana Sokolović ajoute une forte intensité dramatique à ce texte de Michelle Sylliboy dont la dernière strophe, qui est aussi le titre de l’oeuvre, a été écrite par Emma Pennel.

C’est d’ailleurs cette soprano à la voix puissante qui interprète le texte. L’artiste ontarienne est une «personne bi-spirituelle aux racines mi’kmaq de Ktaqmkuk (les peuples autochtones de Terre-Neuve)», comme l’indique sa notice biographique. Ce chant douloureux d’environ 5 minutes est accompagné de dessins qui apparaissent au grand écran et qui demeurent plutôt hermétiques.
Hommage aux femmes autochtones
On passe ensuite à un hommage aux femmes autochtones intitulé Un cri s’élève en moi. Ce texte en français de Natasha Kanapé Fontaine est mis en musique par Ian Cusson, compositeur Ontarien d’origine métisse. Parmi les thèmes mis en lumière, la puissance et la résilience des femmes autochtones se prêtent à des envolées vocales où brille, cette fois, la soprano Elisabeth St-Gelais, une Innue de la communauté de Pessamit.
Bien que ces deux créations intenses soient portées par des orchestrations opulentes, il ne faut sans doute pas chercher de fil conducteur entre cette entrée en matière qui totalise une quinzaine de minutes de musique et la colossale pièce de résistance au programme.

Le clou de la soirée
Après l’entracte, on entre dans une oeuvre emblématique de Mahler, Das Lied von der Erde (Le chant de la Terre). Il s’agit d’une suite de lieder interprétés successivement par deux solistes.
La réputée mezzo-soprano américaine Michelle De Young s’illustre principalement dans L’adieu, le troublant et dernier des six lieder qui compte, à lui seul, pour près de la moitié de la durée de cette «symphonie pour voix et grand orchestre» d’environ une heure. La quinquagénaire est considérée comme une autorité dans ce répertoire. Il n’en reste pas moins que sa voix est devenue presque inaudible dans le registre grave.
Quant au ténor Nikolai Schukoff, en plus d’avoir une voix très appropriée pour cette oeuvre, il a une forte présence sur scène dont il abuse parfois. On se lasse de le voir exagérer ses mimiques et réagir avec diverses expressions faciales à certaines interventions de l’orchestre, même lorsqu’il ne chante pas! En fait, l’artiste autrichien nous offre le meilleur de son savoir-faire dans le pétillant cinquième lieder: L’ivrogne au printemps.
Malgré quelques réserves, on se réjouit de redécouvrir cette musique occidentale, éclairée d’une lumière orientale, sous la baguette de Payare qui a su mener l’OSM à de véritables moments de grâce. On pense, entre autres, à la splendide cohésion des cuivres au milieu de L’adieu.
Enfin, rappelons que Le chant de la terre est un tout et qu’il est préférable de ne pas applaudir après chaque lieder.
Le chant de la terre de Mahler par Payare
Ana Sokolović : You Can Die Properly Now
Ian Cusson : Un cri s’élève en moi
Gustav Mahler : Le chant de la terre
Emma Pennell et Elisabeth St-Gelais (sopranos), Michelle DeYoung (mezzo-soprano), Nikolai Schukoff (ténor), Orchestre symphonique de Montréal, Rafael Payare (chef).
À la Maison symphonique, les 28, 29 et 30 mai, à 19h. 30.
*Photo d’accueil: Michelle DeYoung, Rafael Payare et Nikolai Schukoff / Crédit: Gabriel Fournier.

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