Étonnement et émerveillement! C’est ce qu’on ressent devant le fougueux violoncelliste sud-africain, Abel Selaocoe, qui a la réputation de redéfinir les paramètres de son instrument, en conjugant la virtuosité et l’improvisation au chant. On en a eu une éloquente et émouvante démonstration, mercredi soir, à la Maison symphonique, remplie de mélomanes curieux, dont un bon nombre qui n’étaient sans doute pas des habitués de l’Orchestre symphonique de Montréal. Ce concert intitulé Roméo et Juliette de Prokofiev est aussi présenté deux fois, jeudi, 22 mai, à la Maison symphonique.

Abel Selaocoe et la cheffe d’orchestre Xian Zhang / Crédit: Antoine Saito
Aussitôt arrivé sur scène, le musicien et communicateur enjoué a pris la parole en anglais, accompagné d’une traductrice, pour résumer les grandes lignes de sa composition, Four Spirits. Cette oeuvre d’une trentaine de minutes, achevée en 2022, évoque différentes scènes de la vie dans la communauté où Selaocoe a grandi en Afrique du Sud.
Dès le premier mouvement, on est saisi par le naturel avec lequel l’artiste improvise au violoncelle, tout en chantant de douces mélodies en langues africaines, pour rendre hommage à ses ancêtres, notamment, à la sagesse transmise par les guérisseurs traditionnels. À cet univers sonore déjà très particulier s’ajoutent des passages chantés dans un style guttural appelé umngqokolo.
Sans interruption, on entre ensuite dans la deuxième partie de l’oeuvre qui fait l’éloge de la liberté et de la joie de vivre des enfants. Puis, on passe à une sorte de méditation sur la foi envers la vie pour atteindre la paix de l’esprit.
Le finale apparaît comme un hymne à la solidarité. L’artiste charismatique, âgé de 33 ans, a d’ailleurs réussi sans difficulté à convaincre le public de chanter avec lui cette mélodie jubilatoire. On aurait bien aimé voir les paroles et surtout leur traduction apparaître sur un écran!

Tout en bénéficiant de l’évidente complicité de la cheffe invitée, Xiang Zhang, le musicien s’est néanmoins substitué à cette dernière, à quelques reprises, en se tournant lui-même vers l’orchestre pour obtenir la participation des musiciens qui ont, entre autres, tapé du pied pour marquer le rythme.
Cela dit, le rôle de l’orchestre est plus ou moins éclipsé par le soliste et son complice, soit, le percussionniste Bernhard Schimpelsberger. Placé à l’avant de la scène, ce musicien accompagne et ponctue avec intensité le discours porté par Selaocoe.
En rappel, le roi de la soirée a donné une interprétation très personnelle de la Sarabande de la Suite en do majeur de Bach, qui a été suivie d’un chant improvisé, en communion avec l’auditoire, puis d’une interaction délicate avec, entre autres, les violoncelles et les contrebasses de l’OSM.
Un programme audacieux

La prestation du visiteur sud-africain était précédée d’une oeuvre de Ravel et suivie de morceaux emblématiques de Prokofiev. Bref, sur papier, ça donnait l’impression dun programme plutôt disparate et pourtant…
D’entrée de jeu, Xiang Zhang, directrice musicale du New Jersey Symphony Orchestra, a su guider l’OSM dans une interprétation très détaillée de la suite Ma mère l’Oye. Même si cette musique a peu à voir avec l’oeuvre Four Spirits, l’arrivée sur scène de Selaocoe, tout sourire et son bref discours ont adouci la transition.
Puis, après un entracte d’une vingtaine de minutes, on est entré sans heurt dans un tout autre univers musical avec des extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev. On plonge d’abord dans la Suite no 2 avec Les Montaigu et Capulet, une pièce jouée avec grande précision et une puissance à faire trembler les murs, à certains moments.
On passe ensuite à des extraits plus délicats de la Suite no 1 dont Madrigal et Menuet, avant de plonger dans le tourbillon musical lugubre de la Mort de Tybalt. La soirée se termine avec Roméo au tombeau de Juliette, le tragique morceau final de la Suite no 2.
Bref, on est captivé du début à la fin par un concert où se côtoient des monuments du répertoire et l’exotisme rafraîchissant d’un compositeur et interprète hors norme qui allie des traditions musicales africaines et occidentales. Fascinant!
Ce concert intitulé Roméo et Juliette de Prokofiev est présenté, à nouveau, aujourd’hui, 22 mai, à 10h 30 et à 19h 30, à la Maison symphonique.

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