Après le public du Trident à Québec, c’est au tour des spectateurs du Théâtre du Nouveau Monde de découvrir la nouvelle adaptation québécoise d’Othello, tragédie de Shakespeare. L’une des particularités de cette mise en scène de Didier Lucien est qu’elle met en vedette non pas un mais bien deux comédiens afro-descendants.
Dans le but de jeter un nouvel éclairage sur les questions liées au racisme dans ce texte du XVIIe siècle, on a confié le rôle de Iago, habituellement joué par un acteur blanc, au Québécois afro-descendant Lyndz Dantiste. Quant au rôle-titre, il est interprété par Rodley Pitt, dont le père est d’origine haïtienne.
L’adaptation de Jean Marc Dalpé est parsemée d’emprunts au québécois et à l’italien qui font parfois sourire. Pour ce qui est des numéros exécutés par des artistes de cirque, ils n’aident pas toujours à la cohésion de ce récit dense et cruel qui s’étire sur plus de 2 heures 10 minutes sans entracte.
Une histoire de jalousie

Othello est le seul personnage des classiques de Shakespeare à avoir été créé pour une personne noire et cette pièce est généralement décrite comme une histoire de racisme et de jalousie. Mais, comme les deux rivaux sont noirs, dans cette version, il me semble que ce sont plutôt les ravages de la jalousie qui sont mis en lumière.
Lyndz Dantiste est d’une habileté exemplaire en Iago, un militaire rusé qui en veut à Othello. Le prestigieux guerrier africain qui dirige les armées de Venise lui a préféré Cassio, comme premier officier, un rôle où Steven Lee Potvin est irréprochable.
Iago est déterminé à se venger en détruisant Othello qui vient d’épouser Desdémone, jouée avec justesse et délicatesse par Ariane Bellavance-Fafard. Le savant manipulateur réussira à convaincre le Maure de Venise que sa femme le trompe avec Cassio. C’est surtout à partir de ce moment que Rodley Pitt se distingue, en jouant avec une intensité sidérante son personnage devenu fou de jalousie!
Parmi les rôles secondaires, il faut mentionner la présence sur scène du pétillant Jean Marc Dalpé qui se glisse dans cet univers en interprétant ses personnages secondaires avec un accent québécois. Pour sa part, Myriam Lenfesty, qui campe Emilia, épouse de Iago et dame de compagnie de Desdémone, nous livre un monologue poignant sur les tentacules de la jalousie.

Lyndz Dantiste dans le rôle d’Iago / Crédit photo: Stéphane Bourgeois
Malgré tous les talents qu’il réunit, ce spectacle laisse bien peu de place à l’espoir. Les protagonistes semblent condamnés d’avance à leur triste fin.
C’est vraisemblablement pour alléger le tout, qu’on introduit des numéros de cirque fort beaux mais qui laissent perplexe quant à leurs liens avec le récit.
En plus des quatre artistes de cirque intégrés à la distribution, cette production est magnifiée par les chants de Valérie Le Maire qui est aussi à la vièle à roue, en plus d’incarner La Doge, au début du spectacle.

Crédit photo: Stéphane Bourgeois
Au-delà des prouesses circassiennes, cette pièce dresse un terrifiant portrait de la nature humaine, à travers des drames qui demeurent, malheureusement, d’actualité. Ce texte d’une grande richesse qui porte la griffe du dramaturge et poète franco-ontarien Jean Marc Dalpé vaut le détour, d’autant plus qu’Othello n’avait pas été présenté au TNM depuis près de 40 ans!
Othello
Texte : William Shakespeare. Adaptation : Jean Marc Dalpé. Mise en scène : Didier Lucien. Une coproduction du Théâtre du Trident et du Théâtre du Nouveau Monde. Au TNM jusqu’au 31 mai.
*Photos fournies par le Théâtre du Trident.

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