La salle Réjean-Ducharme, qui est née lors des récentes rénovations du TNM, braque ses projecteurs sur la pièce Petits morceaux de foudre, une création de Lauren Hartley. L’autrice, qui est aussi comédienne, a notamment joué dans la mini-série dramatique québécoise, Mégantic. Pour son premier spectacle dans la nouvelle salle de 80 places, attenante au Théâtre du Nouveau Monde, elle partage la scène avec Kariane Héroux-Danis, qui nous est présentée comme une «spécialiste du théâtre jeune public». Malgré l’évidente complicité des deux artistes, le courant ne passe pas, à travers ce récit souvent court-circuité.
Démons flous
Qu’est-ce que les protagonistes ont en commun? Les deux jeunes femmes sont amies depuis leur enfance. Chacune a perdu sa mère. Maya (Hartley) vit un deuil douloureux qu’elle exprime sans retenue, ce qui a pour effet que la conciliante Judith est pratiquement toujours au second plan. Volontairement ou non, la mise en scène d’Émanuel Frappier souligne ce non-dit.
Le fossé s’élargit encore davantage lorsque la plus volubile des deux raconte, à sa copine, un épisode qu’elle interprète comme une tentative d’agression sexuelle. Plus tard, il sera question, vraisemblablement, de drogue du viol versée dans un verre, lors d’une soirée festive dans un bar. Maya montre du doigt un suspect qu’elle souhaiterait voir condamné sur le champ par Judith. La solidarité féminine est en cause. Le ton monte!
Ces Petits morceaux de foudre fusent dans de nombreuses directions. On change de sujets et de ton brusquement. On passe des gestes affectueux, à l’évocation du chagrin, puis, à la colère, à travers un flot de mots lancés si rapidement que plusieurs nous échappent.
Les différentes ambiances sont reflétées par les éclairages parfois maladroits d’Anne-Sara Gendron. Entre autres, des faisceaux lumineux aveuglent les spectateurs, à quelques reprises, comme si on était propulsé quelque part dans l’espace, dans une zone de turbulences.

Bref, il est difficile de s’attacher aux personnages car, à de nombreux moments, on ne comprend pas ce qu’on veut nous dire. Ajoutons que le texte est écrit dans un français ponctué de «fucking» et autres mots des grands soirs! Mais, le principal malaise que suscite ce spectacle de 65 minutes est de voir l’autrice raconter ses histoires souvent décousues, en utilisant sa partenaire de scène comme faire-valoir.
Heureusement, la conception sonore et la musique live de Déborah Bailly apportent une touche de douceur et d’harmonie à cette pièce qui laisse une forte impression d’inachevé.
Petits morceaux de foudre
Création : Lauren Hartley. Mise en scène : Émanuel Frappier. Distribution: Lauren Hartley et Kariane Héroux-Danis.
À la salle Réjean-Ducharme du théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 4 octobre.
*Photo: Annick Fluet

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