Renaud symphonique: une «fête de famille» historique pour un monstre sacré

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

D’entrée de jeu, il a suffi que l’on mentionne la présence du principal intéressé dans la salle pour que la foule se lève d’un bloc ! Installé dans une loge surplombant le parterre, Renaud qui aime tant le Québec était au cœur d’une vibrante déclaration d’amour collective. Le monstre sacré a répondu à cette ovation d’une grande ferveur, en posant son regard bienveillant sur l’imposante brochette d’artistes de diverses générations réunis pour interpréter son répertoire.

Aux côtés de Diane Dufresne, Isabelle Boulay, France Castel, Édith Butler, Luc De Larochellière, Betty Bonifassi, Marie-Jo Thério et Mara Tremblay, on a aussi fait place à de jeunes pousses dont Édouard Tremblay-Grenier et Émile Bourgault.

Tout ce beau monde a chanté en solo, ou en groupe, une vingtaine des immortelles de cet irrévérencieux auteur-compositeur français, à commencer par Je suis une bande de jeunes. Sarcastique et rempli d’autodérision, ce morceau gravé il y a près de 50 ans, semble toujours coller à la peau de l’icône maintenant âgée de 74 ans.

Le chanteur français Renaud est monté sur scène aux côtés des artistes qui lui ont rendu hommage à la salle Wilfrid-Pelletier.

Bien loin des hommages traditionnels où les vedettes viennent faire leur tour de piste et disparaissent, cette chaleureuse mise en scène de Yann Perreau avait des allures d’une fête de famille autour de Renaud.

C’est ainsi que Daniel Boucher a défendu avec passion Morgane de toi, appuyé par Mara Tremblay et son fils Édouard tous les deux attablés dans ce décor de guinguette aux allures de café français. Sous de longues guirlandes lumineuses suspendues au plafond, on avait l’impression qu’une immense fête de quartier se déroulait dans la salle Wilfrid-Pelletier.

Une célébration de la langue française

Sans tomber dans les grands discours, il y a eu quelques prises de parole bien senties. Pour sa part, Daniel Boucher a livré un vibrant éloge de la langue de Renaud, cette plume qui a su transformer l’argot populaire en poésie. Avec une touche d’humour, l’artiste québécois s’est réjoui de la diversité du français à travers la Francophonie, la comparant à un grand « bol à salade » texturé et coloré, dans lequel on peut puiser pour enrichir ses chansons.

Pour illustrer son propos, Édith Butler est venue interpréter avec son accent acadien l’hymne franchouillard La mère à titi. Un contraste savoureux et touchant !

À l’avant-plan: Mara Tremblay, Édouard Tremblay-Grenier, Émile Bourgault, Daniel Boucher et Yann Perreau

D’un sommet à l’autre

Véritable pilier de ce concert, Antoine Gratton dirige un orchestre de quelque 35 musiciens dans des arrangements qu’il a lui-même écrits. Il y a du rythme, de la douceur et une imposante section de cuivres. Loin d’être dénaturés, les pièces de Renaud sont magnifiées par ce chef à l’énergie inépuisable qui chante aussi En cloque, tout en dirigeant l’ONJ.

Pour lier certains numéros, on a intégré judicieusement quelques séquences d’archives de Renaud. Plus encore, l’affichage à l’écran des titres des chansons et des noms des interprètes s’est avéré une excellente idée, permettant aux novices comme aux fidèles de ce tendre rebelle de bénéficier pleinement du fabuleux voyage à travers un demi-siècle d’une carrière légendaire.

On navigue entre nostalgie et grands frissons, en retrouvant Germaine portée par la radieuse France Castel qui fut de retour en fin de soirée avec la festive Ballade nord-irlandaise.

Après l’entracte, Isabelle Boulay nous secoue avec la chanson Boucan d’enfer ! Comment ne pas être ému aux larmes quand cette surdouée de Sainte-Félicité sublime avec tant de justesse les mots: «Pourtant, y’a bien pire que mourir / Y’a vivre sans toi ».

Puis, pendant que des Petits chanteurs du Mont-Royal nous transportent avec Mistral gagnant, voilà que Renaud lui-même se joint à eux sur scène. Imaginez l’ampleur de l’ovation debout!

La tendresse

Après tant d’émotions, un ultime moment de grâce nous attendait alors que le roi de la soirée nous a lui-même présenté la dernière invitée, en se disant honoré de partager la scène avec une telle star. Évidemment, Diane Dufresne a elle aussi été ovationnée avant d’interpréter La tendresse avec celui à qui on rendait hommage.

La Québécoise, qui vient d’avoir 82 ans, n’a rien perdu de la rigueur qu’on lui a reconnue dès ses débuts en France, lorsqu’elle chantait dans les cabarets de la Rive gauche. Époustouflante après 60 ans de carrière, la divine a toujours l’intensité et la diction qui transforment les mots des chansons en confidence, comme dans une conversation entre amis.

«On peut vivre sans richesse / Presque sans le sou (…) / Mais vivre sans tendresse /
On ne le pourrait pas / Non, non, non, non / On ne le pourrait pas».

Les chanceux qui ont assisté à Renaud symphonique se souviendront avec des étoiles dans les yeux de ce duo inespéré, véritable incarnation de la tendresse.

Renaud symphonique : 50 ans de carrière !
  • Montréal — Place des Arts
    • Le 9 octobre 2026 à 19 h 30
    • Salle Wilfrid-Pelletier
  • Québec — Le Grand Théâtre
    • Le 11 octobre 2026 à 19 h 30
    • Salle Louis-Fréchette

Avec: Isabelle Boulay, Diane Dufresne, Betty Bonifassi, Daniel Boucher, Émile Bourgault, Édith Butler, France Castel, Luc De Larochellière, Gaële, Antoine Gratton, Keith Kouna, Yann Perreau, Marie-Jo Thério, Mara Tremblay et Édouard Tremblay-Grenier

Mise en scène : Yann Perreau

Direction musicale : Antoine Gratton

Orchestre national de jazz

*Photos fournies par Agents Doubles Productions

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