Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
La Maison symphonique était remplie de spectateurs particulièrement attentifs et chaleureux, vendredi soir, pour célébrer le mariage des chansons de Tire le coyote avec l’univers symphonique. L’auteur-compositeur, Benoit Pinette, a interprété une quinzaine de ses pièces avec l’Orchestre symphonique de Drummondville, dans des arrangements qui magnifient son répertoire sans le dénaturer. Quelques morceaux ont pris la forme de duos avec la soprano Elisabeth St-Gelais, dans un concert empreint d’émotion et d’humour.

Du rire aux larmes
Chose rare, c’est sans sa guitare que Tire le coyote lance le bal avec Jolie Anne, un titre de l’album Panorama, paru en 2015. Dès les premières mesures, on perçoit l’ampleur du travail de Gabriel Desjardins, arrangeur sensible et expérimenté qui a notamment œuvré avec Patrick Watson et Daniel Bélanger.
Tout en laissant la première place à la voix émouvante et haut perchée de Tire le coyote, l’orchestre métamorphose la grille harmonique et la suite d’accords de cette chanson intense où il est question de «scalper ta tristesse». Puis, en laissant respirer le texte, Desjardins en profite pour faire jouer l’orchestre parfois comme en écho aux émotions exprimées, sans surenchère, grâce à la complicité de maestro Julien Proulx.
Quant au chanteur, il est visiblement à l’aise avec son imposante équipe, même s’ils n’avaient présenté ce spectacle qu’une seule fois auparavant, à Drummondville, en 2024. Heureux de redécouvrir ses chansons dans un tel écrin, notre homme ne résiste pas pour autant à la tentation de reprendre sa guitare dans plusieurs pièces dont Au premier tour de l’évidence, chanson-titre de son album sorti en 2022.
Pince-sans-rire, le quadragénaire originaire de Sherbrooke nous confie: «non seulement c’est la première fois que je chante à la Maison symphonique mais, c’est aussi la première fois que j’entre ici!» Qu’à cela ne tienne, il nous donne l’impression de se sentir chez lui, n’hésitant pas à déplacer lui-même un lutrin embarrassant ou à demander «un peu plus de reverb» au sonorisateur.
Le ton badin de l’artiste fait contrepoids à ses chansons souvent déchirantes dont L’âge d’or vaut rien, racontant l’histoire d’un veuf qui pleure sa regrettée amoureuse, «le cœur fauché par son départ».

Puis, l’artiste lyrique autochtone, Elisabeth St-Gelais, fait son entrée en scène. Sa voix puissante a souvent tendance à éclipser celle du chanteur, notamment, sur Pouvoirs de glace et Chanson d’eau douce. Bref, on se demande ce qu’une soprano vient faire dans les histoires si personnelles de Benoit Pinette.
De Leonard Cohen à Lana Del Rey
Volubile et détendu, Tire le coyote se confie sur sa grande admiration pour Leonard Cohen. Il s’est même rendu en Californie pour une sorte de pèlerinage au Mount Baldy, où le poètes montréalais avait fait des retraites bouddhistes. Ce voyage l’a amené à écrire la chanson Baldy, inspirée de paroles célèbres de son idole: «I’m good at love, I’m good at hate It’s in between I freeze».
Les arrangements de Gabriel Desjardins qui est sur scène au piano, apportent une touche mystique à l’adaptation française : «J’excelle à l’amour, j’excelle à la haine C’est entre les deux que je paralyse».
Mais, là où l’orchestration est la plus flamboyante, c’est sans doute dans, Jeu vidéo, adaptation de la chanson Video Games de l’Américaine Lana del Rey. La prestation impeccable de l’Orchestre symphonique de Drummondville et du batteur Kevin Warren, collaborateur régulier de Tire le coyote, a d’ailleurs été longuement applaudie en fin de concert.
Cela dit, avant de nous quitter, Tire le coyote a tenu à interpréter une chanson seul avec sa guitare et son harmonica, jetant son dévolu sur Jésus, un texte particulièrement cynique sur la fugacité de l’amour. Puis, tout l’orchestre s’est mis de la partie pour terminer la soirée sur une note d’espoir avec Calfeutrer les failles.
En résumé, ce fut Tire le coyote comme on ne l’avait encore jamais entendu!
Tire le coyote symphonique
-À Montréal: à la Maison symphonique, le 9 janvier 2026.
Avec l’Orchestre symphonique de Drummondville, dirigé par Julien Proulx.
Tire le coyote symphonique
-À Québec: à la Salle Louis-Fréchette, le 4 mars 2026.
Avec l’Orchestre symphonique de Québec, dirigé par Julien Proulx.
*Tire le coyote avec l’OSD; photo tirée de la page Facebook du chanteur.

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