«Triptych»: danse théâtrale et stupéfiante!

Le spectacle que présente la compagnie belge Peeping Tom, à la Place des Arts, cette semaine, est si étrange que plusieurs scènes m’ont rappelé des moments d’intense beauté des films du regretté David Lynch.

Triptych nous entraîne dans trois huis clos: The missing doorThe lost room et The hidden floor. Ces espaces lugubres sont animés par des êtres qui expriment frénétiquement leurs angoisses et leurs fantasmes, en présence d’un vieil homme portant sur son dos une pile de valises.

Bref, en tant que spectateur, on a l’impression d’assister à un voyage souvent cauchemardesque dans la mémoire de personnages qui brouillent les pistes entre la danse, le théâtre et le cinéma.

Trompe-l’oeil

Peeping Tom (une expression anglaise qui signifie «voyeur») observe le monde et le met en scène de manière audacieuse, en ces temps où les humains sont souvent prudes. Nudité, représentations abstraites de violence physique et sexuelle abondent dans ce Triptych mis en scène par Gabriela Carrizo et Franck Chartier, où l’on joue avec humour sur des apparences souvent trompeuses.

Le spectacle commence avec un grondement sourd, alors que la lumière clignote et plonge la scène dans l’obscurité. Nous voilà dans l’univers de The missing door, dans un salon glauque, où l’on remarque des portes identiques. Sans tarder, des personnages archétypaux, qu’il s’agisse d’une femme de chambre ou d’un couple de bourgeois, y jouent des scènes de leur existence tourmentée.

On constate que ces portes ne mènent nulle part et que les personnages ne peuvent pas s’échapper du décor. Captifs, ils semblent à la merci d’un ballet tragicomique: un chiffon fuit des mains d’un domestique; un homme n’arrive pas à se détacher d’une veste qui demeure pendue à son bras, etc.

Puis, comme si on assistait au tournage d’un film, l’équipe technique prend une dizaine de minutes pour procéder, sous nos yeux, au changement de décor qui nous transportera dans l’univers de la deuxième chorégraphie.

The lost room se déroule dans une cabine de bateau agité par la tempête. Il n’y a pas d’issue ici non plus.

Prisonniers d’un monde anxiogène, les performeurs se déchaînent! Bras et jambes se secouent aux rythmes des inquiétantes variations sonores. Les pas de deux langoureux et les portés spectaculaires nous tiennent en haleine! Il faut dire que ces danseurs qui flirtent avec l’acrobatie sont totalement investis dans ce drame d’épouvante!

La suite du spectacle soulève toutefois des questions. Avant de passer au troisième tableau, le public est une fois de plus invité à rester dans la salle pour assister au changement de décor qui, cette fois, dure une vingtaine de minutes.

Bien sûr, des centaines de spectateurs en profitent pour quitter leur siège et aller se dégourdir les jambes. Ce brouhaha brise en partie le mystère de Triptych.

De plus, la troisième chorégraphie, The hidden floor, semble un peu redondante. En fait, les mêmes personnages poursuivent leur dérive, cette fois, dans un restaurant qui prend l’eau.

La scène envahie par l’eau suggère la noyade des corps agités. Alors que l’atmosphère est toujours plus sombre, la maîtrise gestuelle des performeurs est éblouissante, mais il n’y a plus d’effet de surprise, comme s’il s’agissait d’une ultime variation sur le thème du désespoir.

Sachant que Peeping Tom a souvent présenté son spectacle sous forme de Diptych, avec les deux premières pièces de la trilogie, on peut se demander si ce troisième tableau n’en n’est pas un de trop?

Cela dit, Triptych demeure un incontournable, notamment, pour ses chorégraphies théâtrales et souvent stupéfiantes! Sans chercher à tout comprendre, j’ai été emporté par l’esprit de cette troupe dont même les décors vous hanteront!

En fait, est-ce qu’il manque bel et bien une porte dans The missing door? Qu’est ce qui a disparu, exactement, dans The lost room ? Tout n’est-il pas une question de perception?

Peeping Tom – Triptych

Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, jusqu’au 19 avril.

*Photos fournies par Danse Danse.

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