Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Le comédien Félix-Antoine Bénard qu’on peut voir, entre autres, dans la série Indomptables à TVA, nous entraîne dans un bouleversant solo, à la Petite Licorne. Mis en scène par Maxime Denommée, ce monologue théâtral de l’auteur catalan Joan Yago est présenté pour la première fois en français.
À partir de là nous plonge au cœur de l’expérience de la mort, à travers le regard d’Éric, 16 ans, dont le père est mourant. L’illusion d’immortalité propre à l’adolescence est ici confrontée à l’inévitable fin de la vie. Comment être résilient, à un si jeune âge, face au décès d’un parent? Comment envisager la suite des choses après une telle perte? Que va-t-il se passer «à partir de là»?
Du rire aux larmes
Félix-Antoine Bénard est tout à fait crédible dans le rôle de ce jeune homme insouciant dont la vie sera changée à jamais au cours des quelque 90 minutes qui vont se jouer devant nous. Sans crier gare, un simple texto bouleverse tout: «Si tu
veux dire bye à ’Pa, faut tu viennes tu-suite.»
Grâce à l’habile traduction de Maryse Warda, on est emporté par le récit riche en rebondissements d’Éric qui parcourt la ville en direction de l’hôpital, espérant arriver à temps pour faire ses adieux à son papa. Dans une petite épopée urbaine, l’ado croise des personnages colorés et malgré le côté dramatique de la situation, on éclate de rire à certains moments!
Au fil de ses divagations et de ses pensées à voix haute, Éric exprime des sentiments contradictoires: colère, culpabilité, tristesse, compassion. Certains retours en arrière permettent de préciser des détails douloureux de la longue agonie du défunt, dont les traitements se traduisaient par une odeur chimique dans la maison familiale.
«L’âge de l’immortalité»
Et puis, quel sens peut-on donner à la mort quand on a seize ans et qu’on est soi-même à «l’âge de l’immortalité», c’est-à-dire que, biologiquement, les maladies infantiles ont été évitées ou surmontées et qu’on est encore loin des problèmes de santé qui se produisent à l’âge adulte?

En ce mardi soir de première, le comédien a sérieusement trébuché sur quelques mots au point de devoir s’arrêter, s’excuser et recommencer. Parions que Félix-Antoine Bénard gagnera en assurance au cours des prochaines représentations. Cela dit, la délicatesse de son jeu nous amène au bord des larmes, notamment, lors de sa dernière rencontre avec son père.
De son côté, Maxime Denommée, avec une remarquable économie de moyens, signe une mise en scène qui découpe soigneusement ce récit bien construit. À travers quelques déplacements sur scène, le protagoniste nous entraîne sur les lieux où se déroule son voyage nocturne. L’éclairage judicieux d’André Rioux et la belle musique de Guido Del Fabbro contribuent aussi à magnifier ce spectacle introspectif.
«Tot é que pasará parfait d’arrà» (À partir de là) est la deuxième pièce de Joan Yago montée à La Licorne, après «Fairfly», en 2021.
À partir de là
Interprétation: Félix-Antoine Bénard / Mise en scène: Maxime Denommée
Texte: Joan Yago / Traduction: Maryse Warda
À la Petite Licorne, jusqu’au 10 avril 2026

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