Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Danse Danse présente Age of Content, une œuvre chorégraphique percutante du collectif français (LA) HORDE, créée avec le Ballet national de Marseille, en 2023. On y explore nos existences marquées par l’hyperconnectivité et l’impact du monde numérique sur nos gestes et nos façons de vivre ensemble. La scénographie et les éclairages de ce spectacle contribuent à brouiller continuellement les pistes entre le réel et le virtuel.
Cette production réunit 18 danseurs d’une énergie phénoménale! Après la représentation qui a fait sensation lors de la première montréalaise, le 27 février, Age of content est à l’affiche au Théâtre Maisonneuve jusqu’à samedi prochain.
Variations narcissiques
Age of Content (ou « L’Ère du contenu »), nous entraîne dans une suite de scènes aux atmosphères très contrastées et souvent sans liens apparents. C’est voulu. Les trois chorégraphes de (LA)HORDE, Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel ont fait en sorte que les thèmes s’enchaînent à la manière d’un «doomscrolling». Ce néologisme désigne la consultation compulsive d’informations anxiogènes à travers les réseaux sociaux, les sites d’actualité et les médias en ligne.
Dès le premier tableau, on semble indiquer un danger. Dans la pénombre, on voit s’allumer les phares d’une voiture énigmatique recouverte d’un rideau. On découvrira, en fait, qu’il s’agit d’un squelette d’automobile téléguidé.
Une première danseuse apparaît et grimpe sur le véhicule, en cherchant à se l’approprier, à travers des gestes évoquant une forme de fétichisme sexuel. En attirant ainsi les regards, elle est vite jointe par d’autres danseurs qui veulent eux aussi s’approprier cette auto et être au centre de l’attention.

Où se trouve l’authenticité?
On fait ensuite place à des personnage robotisés dont les gestes s’apparentent à l’univers des Sims, l’une des plus importantes séries à succès de l’histoire du jeu vidéo.
Une fois de plus, la frontière entre la réalité et le virtuel est poreuse: sourires figés, mouvements saccadés et répétitifs qui donnent l’impression d’être contrôlés par un joueur («gamer»), etc. S’agit-il d’humains ou d’avatars?
Quoi qu’il en soit, au numéro suivant, on se lance dans des gestes suggestifs, parfois crus, que ce soit en couple ou à plus de deux partenaires. À certains moments, tous ensemble, les danseurs se laissent entraîner dans des ondulations érotiques.
Dans pareil contexte, on peut se demander si cette exploration du désir est une forme de sexualité artificialisée et calquée sur un bagage d’images pornographiques emmagasinées dans le monde virtuel.
Musicalement, on oscille entre l’électro et le chant choral. D’un tableau à l’autre, l’ambiance change du tout au tout, un peu comme lorsqu’on passe d’une fenêtre à l’autre sur notre téléphone.
Pas un mot de français!
En plus de la musique omniprésente, ce récit chorégraphique est accompagné de quelques mots plus ou moins éclairants, dits par les danseurs, en anglais. Il est franchement navrant de constater qu’une compagnie française qui se produit à Montréal se cantonne dans la langue de Shakespeare. Faut-il croire que le public français se contente d’un tel aplaventrisme?
DANSES VIRALES

Enfin, le dernier quart d’heure de ce spectacle d’une heure 15 minutes vaut à lui seule le coût du billet! Soudainement, les interprètes semblent retrouver le plaisir du mouvement collectif. En souriant de toutes leurs dents, ils se lancent avec une vigueur électrisante dans des tournoiements jubilatoires, au son d’une pièce aux rythmes frénétiques de Philip Glass. Tous ensemble, ils célèbrent leurs corps, tout en nous donnant l’impression de s’en libérer.
On se croirait alors dans une comédie musicale aux rythmes endiablés! S’agit-il d’une parodie ou d’un hommage nostalgique à ce genre de spectacle rassembleur, né bien avant l’ère d’Internet. (LA) HORDE soulève des questions sans donner de réponse et c’est très bien ainsi. Cette fascinante chorégraphie sur l’impact du numérique dans nos vies a d’ailleurs reçu une ovation monstre, vendredi soir, au Théâtre Maisonneuve.
Age of content
Chorégraphie de LA (HORDE) interprétée par Le Ballet national de Marseille
Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, les 4, 5, 6 et 7 mars 2026

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