«Ấm» au TNM: le cri du coeur d’une immigrante

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Le Théâtre du Nouveau Monde lance sa saison avec la toute première création théâtrale de Kim Thúy, écrivaine québécoise d’origine vietnamienne qui a vendu un million d’exemplaires de ses romans à travers le monde. Mise en scène par Lorraine Pintal, la pièce s’intitule Ấm, un mot vietnamien qui désigne la chaleur, tandis qu’en français, son homonyme évoque l’âme.

Ce récit nous entraîne dans l’univers d’une immigrante, incarnée par Cynthia Wu‑Maheux et son conjoint québécois, interprété par Jean‑Philippe Perras. Au coeur de leur quotidien, il y a son fils à elle qui vit avec un trouble du spectre de l’autisme. Sans dire un mot, il s’exprime à travers la gestuelle du danseur Jimmy Trieu Phong Chung.

Ces mystérieux mouvements de danse, souvent exécutés dans l’eau, génèrent plusieurs des moments les plus mémorables de ce bel objet théâtral qui ne parvient toutefois pas à nous bouleverser, malgré la gravité des sujets abordés.

La scène de la pièce Ấm est installée dans un bassin d’eau.

«Tu seras toujours deuxième dans ma vie», lance la femme à son amoureux, en lui rappelant que la première place dans son cœur appartient à son enfant neuro-atypique. Conciliant, l’homme semble à l’aise dans cette situation. À vrai dire, Jean‑Philippe Perras est impeccable dans son rôle mais, il devient en quelque sorte un faire-valoir, son personnage étant peu développé.

À travers une alternance de dialogues amoureux et de prises de bec, on découvre cette famille, au fil de scènes qui s’apparentent à un assemblage de vignettes. C’est joli mais, plutôt fade.

Bien que la musique de Michel Corriveau magnifie les chorégraphies de Jocelyne Montpetit, les nombreux numéros dansés par ce jeune homme enfermé en lui-même deviennent répétitifs.

«J’vis une profonde peine d’amour avec mon Québec!»

Les répliques les plus percutantes de cette pièce évoquent le changement du regard des Québécois envers les immigrants, observé par Kim Thúy, au cours des dernières années, elle qui est arrivée dans la Belle Province, il y a plus de 45 ans. Son alter ego, porté sur scène avec conviction par Cynthia Wu‑Maheux, lance, entre autres: «J’vis une profonde peine d’amour avec mon Québec; mon coeur tient pus l’coup».

Exaspérée de voir que les nouveaux arrivants seraient montrés du doigt comme responsables de tous les maux de notre époque, elle se rebelle! Avec colère, elle rappelle que de nombreux néo-québécois travaillent pourtant très fort, sans être reconnus comme de véritables membres de la famille: «Il faut combien de sushis, de taboulés pour prouver qu’on fait partie de la société?».

Cynthia Wu‑Maheux et Jean‑Philippe Perras dans la pièce Ấm.

La protagoniste exprime ainsi ses doléances sans contrepartie, à l’exception de quelques répliques de son amoureux qui finira par lui dire: «Il te faut combien de je t’aime pour que tu te sentes aimée?»

À mi-chemin de la représentation d’environ 1h 20, une certaine lassitude s’installe car, on constate qu’il n’y a pas de ressort dramatique dans ce texte.

Malgré ses doutes, l’héroïne finit par réaffirmer sa profession de foi, envers sa terre d’accueil: «j’ai appris le québécois par amour… j’vais la défendre, cette langue-là, jusqu’à la fin de mes jours, parce qu’elle est amour!»

Enfin, l’habillage scénique du spectacle est d’une grande beauté sobre. Il faut voir ces plateaux qui glissent sur l’eau, sous les éclairages envoûtants de Martin Sirois! Très réussi!

Quant aux rares interactions entre le danseur et les comédiens, elles s’avèrent les moments les plus touchants d’Ấm.

Ấm

Texte de Kim Thuy / Mise en scène de Lorraine Pintal

Au théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 8 octobre, puis en tournée au Québec du 21 octobre au 21 novembre.

*Photos fournies par le TNM / Crédit: Yves Renaud

Commentaires

Une réponse à “«Ấm» au TNM: le cri du coeur d’une immigrante”

  1. Avatar de Serge Lehoux
    Serge Lehoux

    J’avais hâte de lire ta critique de cette pièce, que j’avais le goût de voir.
    Les critiques qui se sont prononcés hier à l’émission « Tout peut arriver » allaient dans le même sens que toi.
    Des vignettes au théâtre, c’est difficile à réussir parce que ça tue l’intensité dramatique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *