«Carmen» triomphe à l’Opéra de Montréal!

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Plus de 150 ans après sa création, la popularité de l’opéra Carmen de Bizet ne se dément pas, comme en témoigne l’engouement pour les représentations à l’affiche, à la salle Wilfrid-Pelletier, jusqu’au 12 mai. Après une mise en scène de cette oeuvre icônique par Charles Binamé, en 2019, l’Opéra de Montréal propose une nouvelle mouture, où le rôle-titre est interprété par Rihab Chaieb, née en Tunisie et ayant grandi au Québec. Avec sa voix souple et veloutée, la mezzo-soprano vit sa quête de liberté dramatique aux côtés de Don José, incarné par l’intense ténor mexicain Arturo Chacón-Cruz. Donc, on retrouve deux grandes voix dans les rôles principaux, ce qui est un atout majeur mais, qu’en est-il de la facture visuelle de ce spectacle tant attendu?

Une vision de la liberté

Rappelons que cet opéra tragique, inspiré de la nouvelle de Prosper Mérimée, se déroule à Séville. On y voit la bohémienne Carmen séduire le brigadier Don José, qui est chargé de la surveiller après une bagarre dans laquelle elle a été impliquée. Elle promet alors l’amour à cet homme qu’elle qualifie pourtant de niais. Carmen réussit néanmoins à le convaincre de la laisser s’évader, ce qui vaudra la prison à José.

Une fois libéré, ce dernier retrouve l’intrépide gitane qui lui demande de lui prouver son amour en désertant pour la suivre dans la montagne avec les contrebandiers. José finit par se laisser entraîner. Devenu ainsi hors-la-loi, il quitte ensuite précipitamment la montagne pour rejoindre sa mère mourante, pendant que Carmen est déjà passée à un autre amour et s’en va avec sa nouvelle conquête, Escamillo.

Le tout se déroule dans des décors sobres et un tantinet ternes, créés par Camellia Koo pour l’Opéra d’Edmonton. On y évoque, entre autres, une usine de cigares, puis une taverne, sous des éclairages efficaces, sans plus, de David Fraser.

C’est à la toute fin du spectacle que la metteure en scène Anna Theodosakis réussit à créer un tableau très fort visuellement.

Pendant que Carmen et Don José règlent leurs comptes devant un mur rouge sang, au-dessus d’eux le toréador Escamillo triomphe dans une arène survoltée. Cette scène saisissante est l’un des rares moments où l’on est ému dans ce spectacle où l’on ne sent pas la passion qui est censée unir les deux protagonistes.

On dépeint souvent cet opéra comme étant un hymne à la liberté. En fait, la liberté que chante Carmen se résume à sa volonté de conquérir des hommes et d’exiger qu’ils se soumettent à ses désirs, en les laissant ensuite s’abîmer dans les effets ravageurs de sa frivolité.

Or, on ne sent pas cette fureur de la séduction chez Rihab Chaieb, plutôt rationnelle dans ses robes de Bohémienne. De son côté, Arturo Chacón-Cruz, malgré ses aigus qui semblent parfois laborieux, incarne un Don José fou d’amour. Par contre, dans les dialogues parlés, la prononciation française du Mexicain laisse à désirer.

Parmi les autres personnages importants, on salue la prestation de la soprano Magali Simard-Galdès qui se glisse avec justesse dans la peau de Micaëla, femme dont la loyauté apparaît comme un contrepoint à l’inconstance de Carmen. Quant au baryton à la voix puissante, Ethan Vincent, il brille de mille feux en torero.

Stephen Hegedus est remarquablement convaincant en lieutenant Zuniga. Emma Fekete (Frasquita), Tessa Fackelmann (Mercédès), Dante Mullin Santone (Moralès), Jamal Al Titi (Dancairo) et Rocco Rupolo (Le Remendado) complètent cette solide distribution.

En plus de son précieux apport musical, le Chœur de l’Opéra de Montréal contribue largement à dynamiser ce spectacle de trois heures incluant un entracte. Les déplacements du choeur sont agrémentés de judicieuses chorégraphies conçues par Anna Theodosakis.

Le public des plus enthousiastes, lors de la représentation du 5 mai, a applaudi spontanément les nombreux airs connus dont « L’amour est un oiseau rebelle » (Habanera), chanté par Carmen, ainsi que le Chant du torréador  (« Votre toast, je peux vous le rendre »), interprété par Escamillo, ou « La fleur que tu m’avais jetée, air mélancolique de Don José.

Plusieurs morceaux joués par l’orchestre ont aussi été très appréciés de l’auditoire qui, en fin de soirée, a longuement applaudi l’Orchestre Métropolitain et le chef Jean-Marie Zeitouni qui ont su insuffler du rythme à cette partition dont on ne se lasse pas.

Trois autres représentations de Carmen sont à l’affiche à la salle Wilfrid-Pelletier, soit, les 7, 10 et 12 mai. Détails ici.

*Crédit photo: Vivien Gaumand 

Commentaires

Une réponse à “«Carmen» triomphe à l’Opéra de Montréal!”

  1. Avatar de Jean-Paul Coulombe
    Jean-Paul Coulombe

    Commentaire très pertinent en rapport avec le type de liberté revendiquée pour Carmen qui n’est jamais souligné par personne.Peut être que c’est parce qu’un homme en est victime.

Répondre à Jean-Paul Coulombe Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *