Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Hamlet, pièce emblématique de Shakespeare écrite il y a plus de 400 ans, renaît dans une adaptation moderne d’Angela Konrad, à l’Usine C. Au coeur de ce spectacle, Céline Bonnier incarne avec intensité le héros shakespearien qui met tout en œuvre pour venger l’assassinat de son père. Marie-Thérèse Fortin est flamboyante et souvent désopilante dans le rôle de la mère d’Hamlet mais, malheureusement, la distribution de ce spectacle est inégale.
Hamlet revit à notre époque

L’adaptation condensée de la metteure en scène d’origine allemande repose sur une distribution de six interprètes, alors que la pièce originale compte plus d’une vingtaine de rôles. Le texte remanié et écourté, qui s’étend tout de même sur plus de deux heures et demie, demeure fidèle au récit qu’on connaît.
À la suite de la mort du roi du Danemark, père d’Hamlet, la mère du jeune homme a rapidement épousé Claudius qui est aussitôt monté sur le trône pour remplacer le souverain. Or, le spectre paternel apparaît à Hamlet pour lui révéler qu’il a bel et bien été assassiné par Claudius. Le prince est alors prêt à tout pour faire éclater la vérité. Sa quête se déroule dans un décor tout blanc qui fait figure de paravent à un monde corrompu.

Angela Konrad a choisi de faire interpréter certaines répliques de Claudius en anglais par le comédien Kevin McCoy. Ces passages sont la plupart du temps traduits en français par sa femme Gertrude, un procédé discutable. Puis, on peine à suivre le récit de l’acteur d’origine américaine, lorsqu’il s’exprime en français, dans cette traduction de Jean-Michel Déprats. Pire encore, le personnage de Claudius est surjoué du début à la fin!
Heureusement, à ses côtés, l’omniprésente Marie-Thérèse Fortin, en reine dévergondée aux tenues flamboyantes, nous fait souvent éclater de rire! Une caméra la suit même dans les coulisses d’une salle de spectacle. L’intrépide veuve poursuit sa course pour se retrouver sur une scène avec Robert Lepage et Violette Chauveau, qui sont en pleine séance de travail de la pièce Macbeth, un autre héros de Shakespeare!
Cet amusant montage vidéo, conçu par Alexandre Desjardins, vient souligner avec brio une dimension fondamentale d’Hamlet: le théâtre dans le théâtre. Qu’est ce qui est vrai dans cet univers factice?
Pour ce qui est de Jean Marchand, il est irréprochable en Polonius, père de l’amante d’Hamlet, Ophélie. Par contre, celle-ci apparaît comme un personnage banal, car Marie Line Mwabi Bouthillette n’arrive pas à nous toucher avec son jeu boiteux. Enfin Maxime Robin, a une présence imposante sur scène et il fait preuve de polyvalence en se glissant dans la peau de plusieurs amis d’Hamlet dont Horatio.

Malgré des réserves, ce spectacle est à la fois rock’n’roll et poétique, grâce, notamment, à la conception sonore percutante de Simon Gauthier et aux éclairages très soignés de Jean-François Labbé.
C’est dans cet écrin que brille Céline Bonnier en Hamlet androgyne et cynique! D’ailleurs, le prince du Danemark va jusqu’à demander au public de lire à voix haute des phrases lourdes de sens de Shakespeare qui apparaissent à l’écran. L’auditoire se prête au jeu sans hésiter.
Vous voyez, c’est facile le théâtre, conclut Hamlet sarcastique, rappelant ainsi aux spectateurs qu’ils sont eux aussi des acteurs plus ou moins soumis à un jeu de rôle.
Hamlet
Texte original: William Shakespeare
Traduction: Jean-Michel Déprats
Conception artistique, adaptation et mise en scène: Angela Konrad
Interprétation: Céline Bonnier, Marie Line Mwabi Bouthillette, Marie-Thérèse Fortin, Kevin McCoy, Jean Marchand, Maxime Robin
À l’Usine C, jusqu’au 21 février

Laisser un commentaire