Clown(s): quand le cirque s’invite à l’opéra…

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

L’Opéra de Montréal tape dans le mille avec Clown(s), une envoûtante fable musicale de la compositrice Montréalaise d’origine serbe, Ana Sokolović. En ce 3 février, au Théâtre Maisonneuve, le public nombreux a souvent éclaté de rire devant les pitreries de ces personnages inspirés, entre autres, du film Les Clowns de Fellini.

Plus le spectacle avance, plus on est ému, car ce voyage musical explore les grandes étapes de la vie, depuis la naissance jusqu’à la mort, à travers des numéros qui s’apparentent parfois à la commedia dell’arte.

Cet opéra singulier est interprété par les solistes Aline Kutan, Mireille Lebel, Andrew Haji et Bruno Roy, ainsi que huit choristes qui partagent la scène avec la troupe d’artistes multidisciplinaires de la compagnie DynamO Théâtre.

Dès qu’on entre dans la salle, on constate que les comédiens sont déjà en action autour et dans une petite auto, comme si une troupe de saltimbanques débarquait à l’instant sur scène. Puis, la traditionnelle annonce aux spectateurs concernant les sorties de secours et les mises en garde au sujet des sonneries de téléphones est répétée plusieurs fois dans des formules farfelues où l’on inverse les mots. Le ton est ainsi donné pour une heure 15 minutes de folie douce!

Un miroir de la vie

Contrairement à un opéra traditionnel, Clown(s) ne comporte pas de mélodies qu’on garde en mémoire. L’oeuvre est interprétée en français, en anglais, en italien et en serbe avec quelques mots inventés. Il n’y a pas de surtitres. Pourtant, on se laisse emporter par ce récit en sept tableaux: Naissance, Enfance, Adolescence, Jeune adulte, Adulte mûr, Vieillesse et Mort, en plus d’un Prologue et d’un Épilogue.

Côté musical, ça ratisse large! Dès le premier tableau, il y a un chœur qui vous rappellera sans doute une pièce de Ligeti intégrée à la trame sonore du film 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. À d’autres moment, certains rythmes de Clown(s) semblent inspirés des Noces de Stravinsky. Tout cela forme pourtant un tout homogène grâce à la griffe de la compositrice.

La partition est exécutée par un quatuor de cuivres, un percussionniste et un ondiste. Les ondes Martenot sont d’ailleurs d’une grande efficacité dans cet univers fantasmagorique. L’orchestre, dirigé par le chef tchèque Jiří Rožeň est situé devant la scène, au niveau du parterre; l’ensemble inhabituel bénéficie d’une sonorisation impeccable!

Une scène de Clown(s) / Photo: Vivien Gaumand

Cet univers musical éclectique se traduit en images éblouissantes, dans une mise en scène sans failles de Martin Genest. Ce dernier a travaillé avec Ana Sokolović tout au long de la réalisation de ce projet, tant et si bien que les deux artistes parlent, en quelque sorte, d’une même voix! Chaque scène est illustrée avec des gestes, des mimiques ou des acrobaties qui collent à la musique.

Le tout est magnifié par les décors d’Anne-Séguin Poirier, les costumes de Sébastien Dionne, les marionnettes de Patrick Martel et les éclairages de Laurent Routhier.

Cela dit, après les francs éclats de rire que suscite le début du spectacle, certains tableaux, dont Jeune adulte, m’ont semblé plutôt flous et moins convaincants. Mais, l’émotion atteint son comble avec la soprano Aline Kutan qui exprime avec intensité la mélancolie du clown arrivé à la fin de sa vie. Moments bouleversants!

Enfin, il n’est pas nécessaire de connaître toutes les sources d’inspiration d’Ana Sokolović, qu’il s’agisse de Fellini, Chaplin ou Keaton, pour apprécier ce spectacle poétique et riche en rebondissements. D’ailleurs, à en juger par l’ovation du public débordant d’enthousiasme, en ce mardi soir, le personnage du clown touche plusieurs cordes sensibles chez les spectateurs fiers de cette création montréalaise très réussie!

Clown(s)

Compositrice et librettiste: Ana Sokolović

Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts

Deux autres représentations sont offertes:

-Jeudi, 5 février, 19h 30

-Dimanche, 8 février, 14h

*Crédit photo: Vivien Gaumand

 

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