Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Oubliez les capes et les grands chapeaux! Le Cyrano sans artifice dans lequel brille Benoît McGinnis au Théâtre du Rideau Vert place le célèbre texte d’Edmond Rostand à l’avant-plan. Cette pièce fleuve est ramenée à une durée d’une heure cinquante, sans entracte, dans la mise en scène de René Richard Cyr, réunissant dix comédiens.
Homme au physique ingrat, Cyrano prêtera à Christian les mots d’amour qui lui permettront de séduire Roxane. L’oeuvre a beau avoir vu le jour en 1897, elle soulève une question brûlante d’actualité, à notre époque où la technologie et l’intelligence artificielle permettent aux humains de bonifier leur image plus que jamais. Peut-on aimer un être dont la personnalité est en partie empruntée?
Quand les mots confondent le cœur

Une scène de Cyrano, avec Benoît McGinnis, au Théâtre du Rideau Vert
Les attentes sont grandes pour le public qui a vu Cyrano incarné au théâtre par plusieurs comédiens dont Patrice Robitaille et Guy Nadon et au cinéma par Gérard Depardieu. Certes, McGinnis est affublé d’un long nez emblématique de son personnage, mais son interprétation est très personnelle. Son Cyrano est plutôt spirituel que physique. Ne vous attendez pas à le voir vous épater dans des combats d’épée.
Par contre, à travers ses intonations subtiles et ses gestes parfois embarrassés, on le sent profondément amoureux de sa cousine Roxane. Il n’ose lui avouer ses sentiments, convaincu d’être trop laid pour être aimé de cette femme raffinée, incarnée avec aplomb par Charlotte Aubin.
Lorsque celle-ci lui confie son coup de foudre pour le séduisant Christian, Cyrano accepte un pacte déchirant : il prêtera sa plume et son éloquence à son rival pour séduire la belle. Justin Simon est irréprochable dans ce rôle ingrat de jeune homme beau mais sans esprit.
À leur cruel triangle amoureux, s’ajoutent les manigances du jaloux Comte de Guiche, porté par l’exquis Alexis Martin. Seul personnage de la distribution vêtu d’un costume d’époque, ses apparitions font sourire les spectateurs et pimentent l’intrigue.

Le comte de Guiche (Alexis Martin) courtise lui aussi Roxane (Charlotte Aubin)
Le pari de la simplicité volontaire
Dès les premières minutes du spectacle, on constate que McGinnis inaugure son mandat de directeur artistique en faisant place à un renouveau, quitte à bousculer les habitués du TRV.
Le plateau n’est meublé essentiellement que de quelques boîtes, ce qui tranche par rapport aux productions de ce théâtre souvent dotées de décors réalistes.
Quant à la célèbre scène du balcon, elle est jouée sur un escabeau.
Mais, ce dépouillement qui donne l’impression qu’on manque de moyens, enrichit-il l’interprétation de cette pièce parmi les plus populaires du théâtre français? En quoi cette simplicité volontaire éclaire-t-elle ce texte mythique?
On comprend l’idée de faire disparaître le superflu, mais n’aurait-on pas pu garder une magie visuelle, ne serait-ce que pour faire écho à cette réplique emblématique de Cyrano: « c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ».

Benoît McGinnis dans Cyrano au TRV
Il n’en reste pas moins que Cyrano nous interpelle encore et toujours, en montrant comment les humains tentent de dissimuler leurs faiblesses, sans pour autant parvenir à effacer les doutes qui les assaillent au plus profond d’eux-mêmes.
Ce spectacle sans temps mort culmine avec une scène finale bouleversante. La vulnérabilité avec laquelle McGinnis joue sa dernière rencontre avec Roxane vous tirera sans doute les larmes des yeux.
La pièce Cyrano est présentée au Théâtre du Rideau vert jusqu’au 25 octobre. Des représentations supplémentaires auront lieu du 18 au 28 août 2027.
*Crédit photo: Danny Taillon

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