«Douze hommes en colère»: une pièce magistrale!

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Le suspense et les multiples revirements de situation de la pièce Douze hommes en colère tiennent les spectateurs en haleine durant près de deux heures, dans la nouvelle mise en scène très efficace d’Alain Zouvi, présentée en tournée à travers le Québec. Le célèbre drame judiciaire, de l’auteur américain Reginald Rose, renaît grâce à une distribution de haut vol, dans le cadre des célébrations du 40e anniversaire de la compagnie du producteur et comédien Jean-Bernard Hébert.

Ce huis clos sous haute tension, créé il y a plus de 70 ans, demeure une œuvre percutante qui s’adresse à toutes les générations.

Doute raisonnable

Au centre de la photo: Claude Prégent, dans la pièce Douze hommes en colère.

D’entrée de jeu, les douze jurés descendent lentement une allée du parterre et s’amènent sur scène où ils seront tous progressivement déstabilisés, en étant confrontés à des réactions inattendues. Chacun a sa vision des choses liée à son expérience de vie. Ils sont âgés entre 25 et 65 ans environ. L’un d’eux est peintre en bâtiment, un autre est chômeur; il y a aussi un architecte, un employé de banque, etc.

Ils doivent se prononcer au terme du procès d’un jeune homme accusé d’avoir poignardé mortellement son père. Le suspect fait face à des témoignages accablants. Une femme affirme l’avoir vu commettre son parricide. Un voisin dit avoir entendu le meurtrier fuir les lieux du crime.

Malgré tout, l’un des jurés a des doutes et il veut en discuter, soulignant qu’un verdict de culpabilité se traduirait par une peine de mort. L’unanimité étant requise, le jury plonge alors dans un débat où chacun adopte des positions qui ne cessent de changer, à mesure que des faits qu’on croyait établis sont remis en question.

Celui qui est le premier à voter non-coupable est le Juré no 8, incarné avec nuances par l’excellent Claude Prégent. Malgré l’agacement des autres jurés, il prend le temps de réfléchir à voix haute, avec empathie et il démonte plusieurs éléments de l’accusation.

Il devra toutefois affronter, entre autres, le scepticisme du Juré no 4, un courtier en bourse qui s’appuie sur les faits qui sont à priori contre l’accusé. Jean-Bernard Hébert est impeccable dans le rôle de cet homme décidé qui finira néanmoins par douter.

Au centre de la photo: Jean-Bernard Hébert, comédien et producteur.

On remarque aussi l’excellente interprétation de Jean-Pierre Chartrand en Juré no 9. Le comédien connaît cette pièce en profondeur, lui qui a joué dans Douze hommes en colère, en 1987, aux côtés de Jean Duceppe qui interprétait alors justement le rôle du juré retraité.

À travers une construction dramatique sans faille, ce récit met en lumière l’ambiguïté de certains personnages. Entre autres, le Juré no 12 changera trois fois de vote.

L’auteur dresse aussi un portrait impitoyable d’humains guidés par leurs préjugés et sans gêne. Entre autres, le Juré no 7 finira par voter non coupable, dans le but avoué de rentrer chez lui au plus tôt pour aller voir son match de baseball.

Douze hommes en colère, dans une mise en scène d’Alain Zouvi.

Ces personnages, joués avec une telle maîtrise, on a l’impression de les connaître! Est-ce qu’on réagirait comme eux, si on était à leur place? Leurs questionnements rejoignent souvent les nôtres et cette pièce continue de résonner en nous, même après la représentation. Une grande réussite!

Douze hommes en colère

Texte : Reginald Rose / Mise en scène : Alain Zouvi

Après avoir été présentée, notamment, au Théâtre Outremont, le 13 septembre, la pièce Douze hommes en colère poursuit sa tournée au Québec. Voir les dates, ICI.

Photos prises par Joe Alveiro.

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