Expo World Press Photo: une 19e édition qui ratisse large!

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Événement emblématique de la rentrée culturelle montréalaise, l’Expo World Press Photo 2026 s’installe au Marché Bonsecours jusqu’au 12 octobre. C’est l’occasion de découvrir près de 150 photos en grand format choisies par un jury international et qui témoignent d’événements marquants de la dernière année, qu’il s’agisse de l’urgence humanitaire à Gaza, de manifestations réprimées en Argentine, ou de la série d’incendies qui a ravagé Los Angeles en janvier 2025. Les images sont regroupées par thèmes et assorties de courts textes éclairants.

Comme d’habitude, l’édition montréalaise du WPP offre aussi un riche volet local, dont une rétrospective de clichés du regretté Jacques Nadeau.

Le tout est réparti sur deux niveaux et il faut environ 90 minutes pour en faire le tour, tellement il y a de choses à voir! Bref, à l’ère de l’intelligence artificielle et des images truquées, le photojournalisme ne cède pas sa place!

Photo de l’année : «Separated by ICE», prise par Carol Guzy

Guerre en Ukraine, opération policière sanglante au Brésil, révolte au Népal, tous ces sujets se traduisent par des clichés percutants! Pourtant, la photo de l’année a été prise, non loin de chez nous, à New York et elle montre la douleur d’une famille séparée par l’ICE.

La photographe Carol Guzy a capturé ce moment poignant, à la suite d’une audience devant un tribunal de l’immigration, d’un migrant équatorien, arrêté par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Sa femme et ses trois enfants – âgés de 7, 13 et 15 ans – sont restés inconsolables.

L’art de l’assemblage

L’assemblage des photos est très réussi, cette année. Par exemple, sous le titre «La guerre des drones», quatre clichés du photographe David Guttenfelder offrent un troublant portrait du conflit en Ukraine.

D’une part, on y découvre des civils masqués qui fabriquent ces robots tueurs; plus loin, un soldat scrute le ciel à la recherche de drones russes.

Comme s’il s’agissait d’un scénario progressant vers l’horreur, le parcours nous montre ensuite un combattant ukrainien tenant, de son bras partiellement amputé, un drone qu’il équipe d’une grenade.

Enfin, une mère console sa fille après l’attaque d’un essaim de ces engins qui a fait de nombreux blessés dans leur quartier d’Odessa, en juillet 2025.

Un invité de marque

Abdulmonam Eassa, photographe franco-syrien, honoré par le WPP 2026

Cette 19e édition est marquée par la présence, à Montréal, du photojournaliste Abdulmonam Eassa, honoré cette année par le jury du World Press Photo pour sa série intitulée «Guerre au Soudan, une nation prise au piège», publiée dans le quotidien Le Monde.

«Travailler au Soudan, c’est être surveillé en permanence, contrôlé en permanence. Et quand on se rapproche du front, bien sûr, cela peut être dangereux. Mais, à vrai dire, cela ne compte pas beaucoup pour moi. Le plus important et le plus difficile, c’est de faire mon travail tout en m’assurant qu’une fois que je serai reparti, personne ne sera en danger à cause de moi, à cause d’une photo», explique ce Franco-Syrien basé à Damas.

Résident montagnard en voie de d’EXTINCTION?

Des réflexions liées à l’environnement et à la biodiversité planent aussi sur cette exposition. On y découvre entre autres un splendide panda géant sauvage, capté par un piège photographique dans la réserve naturelle nationale de Wanglang, située dans la province du Sichuan, en Chine. Selon les données qui accompagnent ce cliché, il ne resterait plus que quelques dizaines de ces grands mammifères dans ce sanctuaire protégé de 323 kilomètres carrés.

Photographes québécois

Plusieurs expositions d’artistes québécois sont installées au niveau mezzanine, dont «Jacques Nadeau à la une !»

De René Lévesque à Justin Trudeau, on y retrouve des clichés politiques et sociaux emblématiques de ce photojournaliste qui est mort en décembre dernier, après avoir oeuvré au quotidien Le Devoir durant plus de trois décennies.

D’autre part, les photos des finalistes du prix Antoine-Desilets, remis chaque année par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, sont aussi exposées.

Place à la relève

Enfin, on a aménagé un espace dédié à la relève qui rassemble 28 projets d’étudiants du programme de photographie du Cégep du Vieux Montréal, sous le titre: «En pointillé — Tracing Human Ground

On y trouve, notamment, un petit ensemble de clichés et de textes liés aux cheveux et aux coiffures de femmes de la communauté noire montréalaise.

L’instigatrice de ce segment, Muriel Ducasse, a ainsi voulu démontrer que «les pratiques capillaires deviennent un espace vivant où se rencontrent histoire, traditions et individualité, révélant la richesse des cheveux afro».

Informations pratiques

L’exposition World Press Photo Montréal est accessible au public du 26 août au 12 octobre 2026 inclus.

Au Marché Bonsecours, 325, rue de la Commune Est, Vieux-Montréal

Lundi, mardi, mercredi et dimanche
10 heures à 22 heures

Jeudi, vendredi et samedi
10 heures à minuit

Plus de détails à: https://www.expo-wppmtl.ca/infos/

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