Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Après avoir connu un succès critique et populaire au Festival TransAmériques, en 2025, Extérieur/nuit est de retour au Prospero pour une dizaine de représentations. Cette pièce, où les fantasmes inquiétants se confondent avec la brutalité du réel, est une création du Théâtre indépendant. Il s’agit d’un collectif composé d’artistes queers, dont la démarche interdisciplinaire se situe au croisement du théâtre, de la performance et des arts visuels.
Extérieur/nuit est décrit comme un récit «à la fois cruel et angoissant», mais celle qui en signe le texte, JJ Houle, nous explique en quoi ce spectacle s’avère «libérateur».
Vie nocturne
Trois personnages errent dans la nuit, dans une ville sans nom et «iels tanguent au bord du gouffre», indique le résumé de cette pièce.
Parmi les protagonistes, on épie, entre autres, un camboy, un homme égaré dans les drogues qui expose son corps sur Internet. Il y a aussi une jeune fille qui usurpe l’identité d’un camarade de classe sur le Web. Leurs destins s’entremêlent avec celui d’une femme tourmentée par les actes violents qu’elle a commis.
On s’en doute, ce n’est pas par hasard que JJ Houle nous entraîne à travers les labyrinthes du Web: «Quand on est queer, à l’adolescence, on n’ose pas trop en parler. On est seul. Alors, on se retrouve sur Internet pour en discuter entre nous. Il y a un côté secret dans nos vies. C’est pourquoi, ça devient libérateur de voir la part d’ombre d’autres personnes. D’ailleurs, beaucoup de spectateurs vivent une libération en regardant les personnages d’Extérieur/nuit.»

Le Théâtre indépendant a fait sa marque en s’intéressant à la question de l’identité au regard de la violence. En explorant notamment la mémoire traumatique, on creuse des questions liées à la sexualité et à la mort.
Constitué en 2018, ce collectif jouit d’une reconnaissance qui lui a valu des appuis significatifs au fil des ans, tels que des participations à des festivals réputés dont le FTA et La Bâtie de Genève.
Une expérience sensorielle
Dans Extérieur/nuit, «c’est pas nécessairement les mots qui dominent», précise JJ Houle. On en déduit que le langage scénique est au cœur de la mise en scène de Charles Voyer.
Ce récit atmosphérique repose, entre autres, sur des effets d’apesanteur, voire de lévitation, dans le but de plonger le public dans la déroute émotionnelle des personnages. On veut nous faire ressentir le décalage que vivent ces trois individus face au réel.
Chacun d’eux est muni d’un micro. Pour brouiller la perception de la réalité, on a recours à la désynchronisation vocale, la dissociation de la parole et du corps par la ventriloquie, etc.
Il y a également une spatialisation du son à travers de nombreux haut-parleurs. On veut donner aux spectateurs «l’impression d’être avec les personnages dans leur appartement.»
Extérieur/nuit
Texte: JJ Houle
Mise en scène: Charles Voyer
Avec: Gwendoline Côté, Charles Voyer, Aline Winant
Au théâtre Prospero, du 17 au 28 mars.
L’horaire des représentations est par ici.
«Déconseillé aux personnes de moins de 16 ans. Veuillez noter que ce spectacle contient des effets stroboscopiques et des sujets sensibles. Pour en savoir plus, veuillez consulter la fiche d’avertissement.»
*Photos fournies par le Prospero

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