Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Le Festival de Lanaudière a permis aux mélomanes de vivre, cette fin de semaine, un événement vraisemblablement inédit au pays. Les deux monumentaux oratorios de Mendelssohn, Paulus et Elias, qui sont rarement joués chez nous, ont été interprétés coup sur coup, respectivement les 18 et 19 juillet, par des musiciens et chanteurs de réputation internationale.
L’ensemble Akademie für Alte Musik Berlin et le choeur Audi Jugendchorakademie, ainsi que quatre solistes, sont venus d’Europe spécialement pour présenter ces deux concerts. Malheureusement, de nombreux sièges de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay sont restés vides, malgré le prestige de ces visiteurs et l’envergure des œuvres au programme.

La lumière qui redonne la vue
L’oratorio Saint Paul, basé principalement sur des textes du Nouveau Testament, débute par une grande ouverture qui serait inspirée de la cantate de Bach: Wachet auf, ruft uns die Stimme (« Réveille-toi, appelle-nous la voix »), BWV 140. Dès les premières mesures, on constate la complicité entre l’Akademie für Alte Musik Berlin et son chef Martin Steidler qui nous plongent dans un esprit de recueillement.
Après l’ouverture, le compositeur met aussitôt en lumière le chœur, accompagné somptueusement par l’orchestre.
Malgré des surtitres français, vraisemblablement approximatifs, on est progressivement entraîné dans l’univers de Saül. Cet homme convaincu que les chrétiens sont dangereux devient l’un de leurs persécuteurs les plus redoutés, jusqu’à ce que sa vie bascule sur le chemin de Damas.
Alors que l’oppresseur s’apprêtait à arrêter d’autres chrétiens, voilà qu’il est atteint par une lumière aveuglante venue du ciel. On lui impose ensuite les mains; cela rend miraculeusement la vue à Saül qui se repent avant d’être baptisé et de changer de nom pour Paul.

Parmi les solistes, on remarque le baryton Krešimir Stražanac, très expressif dans l’imposant rôle de Paul, interprété avec les nuances appropriées à son personnage qui après la tyrannie, finit par trouver la paix et confier son âme à Dieu pour l’ultime voyage.
À ses côtés, le ténor Magnus Dietrich, qui a remplacé Werner Güra, chante lui aussi, avec une prodigieuse agilité vocale, quoique sa voix semble parfois presque métallique.
La soprano Marie-Sophie Pollak et l’alto Ulrike Malotta, moins sollicitée, sont impeccables.
Cela dit, c’est le chœur qui a le dernier mot avec un chant puissant célébrant le triomphe de la foi, dans cette riche et dramatique partition inspirée de Bach et teintée d’un souffle romantique.
Une oeuvre de maturité

Comme on pouvait s’y attendre, l’oratorio Elias, mieux connu que Paulus, semble avoir comblé encore davantage les attentes des mélomanes. Soulignons que cette œuvre, souvent présentée en anglais, fut offerte en allemand, avec la même imposante équipe de musiciens et chanteurs que vendredi soir, sous la direction de Martin Steidler.
Créé en 1846, un an avant la mort de Felix Mendelssohn, Elias s’appuie sur le portrait qu’on dresse de ce prophète, dans le Premier Livre des Rois de l’Ancien Testament.
Fait plutôt inhabituel, cette partition s’ouvre directement sur une courte déclamation chantée d’Élie, suivie de l’ouverture. On est ainsi immédiatement plongé dans le drame d’un peuple en péril à cause de la sécheresse. Grâce aux prières et à la persévérance du prophète, la pluie finira par tomber sur Israël.
Une fois de plus, le baryton Krešimir Stražanac a porté une grande partie du texte, à travers le personnage central. Sans trop en faire, il a su rendre vivante cette histoire complexe, dont les propos deviennent de plus en plus lumineux. Rappelons qu’Élie est ultimement emporté au ciel dans un char de feu.
Pour sa part, la soprano Marie-Sophie Pollak semblait plutôt déconnectée de son rôle. Difficile de voir poindre l’émotion dans ce chant plutôt guindé de «La veuve», pourtant éplorée par la mort de son fils. Par contre, l’alto Ulrike Malotta a su prêter voix avec brio à «La Reine». Quant à Magnus Dietrich, moins sollicité que dans Paulus, il a captivé l’auditoire, avec sa remarquable souplesse vocale.
C’est toutefois l’Audi Jugendchorakademie qui a été le plus applaudi, à la fin de la soirée, samedi également, après le puissant chœur final, annonçant la venue d’un nouveau messager.

En plus d’avoir réussi à organiser ces deux grands rendez-vous musicaux dont on devine les coûts considérables, le Festival de Lanaudière a aussi eu la délicatesse de fournir aux mélomanes un feuillet résumant judicieusement ces deux oratorios, ce qui favorise grandement la compréhension de ces oeuvres.
Traités aux petits oignons, les festivaliers ont aussi bénéficié d’une météo parfaite pour ces deux soirées. Dommage que l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay n’ait pas été rempli à craquer pour vivre ces moments sans précédent dans notre histoire musicale.
Paulus de Mendelssohn était présenté à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le 18 juillet 2025.
Elias de Mendelssohn était présenté à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, le 19 juillet 2025.
Avec:
Marie-Sophie Pollak, Ulrike Malotta, Magnus Dietrich, Krešimir Stražanac, Audi Jugendchorakademie, Akademie für Alte Musik Berlin, Martin Steidler.
Le Festival de Lanaudière se poursuit jusqu’au 3 août.
Crédit photo: Gabriel Fournier

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