Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur le chanteur suédois Jay-Jay Johanson, qui a su charmer les festivaliers du FIJM, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, samedi soir. Cheveux blonds platine et corps longiligne, l’artiste a toujours cette voix douce et claire, marquée du sceau de la mélancolie. Ce crooner qui chante l’amour et ses incertitudes sur des rythmes électro jazzy est parfois qualifié de Cupidon musical et il est vrai que ses flèches nous touchent droit au coeur!

Le voyage émotionnel et quasi-cinématographique dans lequel nous entraîne Jay-Jay Johanson s’ouvre, paradoxalement, avec la pièce, Finally, qui rappelle l’univers musical grandiose de Michel Legrand. Puis, un murmure de joie traverse la salle, dès les premières notes de So Tell the Girls that I am Back in Town. Ce classique du Trip Hop semble envoûter même les spectateurs qui n’étaient pas encore nés lors de la parution de ce titre, en 1996.
Accompagnée d’un batteur et d’un claviériste, l’étoile de la soirée offre aussi quelques morceaux de son nouvel album, Backstage, dont: Ten Little Minutes et How Long Do You Think We’re Gonna Last. En baissant les yeux comme s’il cherchait au sol le miroir de son chagrin, cet anti-héros romantique s’avère un interprète bouleversant, en plus d’être un fin mélodiste et un parolier inspiré.
Tell me, how long do you think we’re gonna last ?
We’re in this film together, new season, different cast
We used to have a dream, but this dream is fading too
Are we both just too afraid to let this go

Intense, l’artiste de 56 ans multiplie les titres désenchantés qui sont toutefois allégés par des arrangements réunissant les mordus de jazz et les amateurs d’électro-pop. Avec des éclairages appropriés au ton sombre de ses chansons, on se croirait parfois au cinéma, dans une scène de Blue Velvet de David Lynch.
Qu’il s’agisse de She Doesn’t Live Here Anymore, It Hurts Me So, ou She’s Mine but I’m Not Hers, le chanteur ornemente vocalement avec délicatesse ses tourments intérieurs, en leur donnant parfois un swing lascif!
Une bombe à retardement!
Au rappel, le musicien a repris Whispering Words et Believe in Us, deux titres parus il y a 25 ans et qui n’ont pas pris une ride! Il a conclu avec I’m Older Now, enregistrée en 1996. Ses textes lui collent à la peau et on ne se lasse pas de son style à la fois moderne et ancien, bref, du Johanson!
Mais, c’est après ces 90 minutes de chansons langoureuses que le quinquagénaire a véritablement pris tout le monde par surprise! Pendant que les haut-parleurs vibraient au son d’une version punk de la chanson My Way, interprétée par le regretté Sid Vicious, bassiste éphémère des Sex Pistols, on a découvert une autre facette de la personnalité de Jay-Jay.

Sautillant frénétiquement comme un ado, le quinquagénaire soudainement extraverti est allé serrer des mains et étreindre des admirateurs, en courant littéralement dans la salle. Il a même enjambé des fauteuils pour se rendre jusqu’à l’arrière du parterre et jouer les funambules devant la console de son, avant de se faire prendre en photo avec ses ouailles! Jay-Jay boute-en-train! Qui l’eût cru?
Le Festival international de jazz de Montréal se poursuit jusqu’au 5 juillet.
Crédit photo: Émanuel Novak-Bélanger

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