Georges : un rare hommage au père

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Il est plutôt inhabituel qu’on voie les spectateurs taper des mains et chanter au théâtre. C’est pourtant ce qui s’est produit, à La Licorne, lors de la première de la pièce Georges qui avait des allures d’un spectacle solo du pétillant Manuel Tadros. Ce comédien et chanteur joue le rôle du chef de famille dans ce récit de Nathalie Doummar, surtout connue pour Frères et Mama présentées chez Duceppe.

Chose rare, ce n’est pas la mère mais bel et bien le père qui est au cœur de cette création. Puisant directement dans son histoire familiale, l’autrice monte elle-même sur les planches pour incarner son alter ego, la fille de Georges.

À travers des fragments de la vie quotidienne, on observe les tiraillements de ce papa d’origine égyptienne, devant certaines valeurs adoptées par ses enfants nés au Québec. Malgré le potentiel de cette prémisse, ce spectacle nous donne souvent l’impression de tourner en rond.

Des zones d’ombre

Georges est un homme doux et aimant. Pourtant, son épouse et mère de ses enfants a quitté le nid familial. Il s’ennuie d’elle et il en parle souvent, mais on ne la voit jamais. On n’approfondit pas non plus la souffrance du mari délaissé, dans ce texte qui laisse l’impression d’être inachevé.

Quant à la mise en scène routinière de Rose-Anne Déry, elle n’a rien pour atténuer les lacunes de ce spectacle plus ou moins décousu, où l’on saupoudre ici et là quelques réflexions d’indignation dont une sur la souffrance des Autochtones.

Pour ce qui est du fils, interprété par Neil Elias, c’est un jeune homme aimable qui connaîtra soudainement un problème de santé majeur. Malheureusement, il n’y a pas de montée dramatique qui nous prépare à ce coup du sort abordé superficiellement et qui ne nous émeut pas. C’est un coup d’épée dans l’eau!

D’ailleurs, on constate rapidement que l’autrice n’a pas développé ce personnage en profondeur. Elle s’est plutôt intéressée à elle-même en relation avec son père.

Un album de famille

Le spectacle commence alors qu’elle est encore toute petite. Les premières saynètes sont d’une banalité désolante! C’est un peu comme si on tournait lentement les pages d’un album de famille sans grande surprise. Puis, pourquoi répéter les scènes de ses Noël d’enfant? En plus d’être prévisibles, elles se déroulent dans des décors qui ne paient pas de mine!

Heureusement, à Noël on chante et Manuel Tadros embrasse cette tradition à bras-le-corps en entonnant un ver d’oreille de Gilbert Bécaud. Il n’en faut pas plus pour que toute la salle se mette à fredonner avec coeur: Quand il est mort le poète.

Mais, cette joie passagère est éclipsée, dès la scène suivante, alors que la jeune fille lit à son père et son frère une sorte de poème axé sur son dégoût pour les pénis. Par la suite, elle annonce pourtant à sa famille qu’elle part vivre avec un homme. Puis, après avoir donné naissance à deux enfants, elle largue celui qui semble n’avoir servi que de géniteur gratuit et elle tombe amoureuse d’une femme.

On devine les discussions qui s’ensuivent avec son père conservateur et traditionaliste. Tout en disant souffrir d’être jugée par ce dernier, elle le traite néanmoins de «borné», comme si elle seule détenait la légitimité de le critiquer.

Cela dit, malgré certaines lacunes, il y a des moments d’émotion qui tirent les larmes des yeux dans cette pièce empreinte d’une grande tendresse. En dépit de ses coups de gueule, le papa a toujours de petites attentions pour sa progéniture. Il nous fait éclater de rire en offrant ses petits cadeaux aux siens, à des moments inattendus.

Bref, Georges repose presque entièrement sur le charisme et le savoir-faire de l’acteur principal. Manuel Tadros qui célèbre ses 50 ans de carrière, cette année, relève ce défi avec brio. Notez qu’il joue ce rôle en alternance avec Antoine Yared.

La pièce Georges — texte de Nathalie Doummar — est présentée à La Grande Licorne, du 29 septembre au 7 novembre.

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