Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Une nouvelle voix émerge dans le domaine de la musique traditionnelle québécoise. L’auteur-compositeur-interprète Henri Kinkead, alias Héron, exprime sa réalité queer dans des chansons à répondre et autres refrains portés par la podorythmie et certaines sonorités électro. Le personnage atypique d’Héron a d’ailleurs fait grande impression avec son répertoire néo-trad, vendredi soir à la Cinquième Salle, lors du spectacle de lancement montréalais de son album Verger.

Héron en spectacle à la Cinquième Salle.
Le jeune homme qui a terminé en troisième place de la grande finale des Francouvertes, en 2023, chante l’identité québécoise tout en racontant sa propre quête identitaire avec une touche humoristique.
Entre autres, ses recherches lui ont permis de découvrir qu’à Montréal, le parc du Champ-de-Mars fut un lieu de rencontres illicites masculines au XIXe siècle. Héron a donc composé une chanson à la mémoire des hommes qui y ont été arrêtés puis jugés, à cette époque où l’homosexualité était illégale.
Pince-sans-rire, le chanteur offre aussi La Confiture, une pièce «romantico-coquine», précise-t-il, tournant autour d’une scène de séduction impliquant un garçon et un galant.
Bonaventure
Tout en s’intéressant au passé, Héron est bien ancré dans le présent et il raconte sans détour sa virée avec son amoureux, en Gaspésie, plus précisément aux abords de la rivière Bonaventure. Les deux hommes y ont fait la rencontre d’un «polycule», un mot qui désigne un réseau de relations polyamoureuses interconnectées.
Avec un refrain rassembleur et sur un rythme propice aux pas de gigue, Bonaventure parle de la joie de faire partie d’un «polycule», sans être en couple ou impliqué physiquement avec tout le monde.

Élisabeth Moquin et Héron aux Francos de Montréal.
La musique folklorique de Héron côtoie l’indie-folk contemporain, à travers des pièces accrocheuses et bien tournées qui ont ravi des spectateurs de tous âges, incluant des enfants, en ce 19 juin. En fin de soirée, toute l’assistance s’est levée avec le pied dansant, faisant ainsi honneur à la précision exemplaire du batteur Gabriel Arseneau.
Quant à Élisabeth Moquin au violon et à la podorythmie, elle est une véritable incarnation du trad québécois, dans cette mise en scène de Mélodie Noël-Rousseau et Gen Labelle, où la musicienne devient aussi gigueuse.
Céline en trad!
Ce quatuor hors norme met également en lumière les nombreux talents de Judith Little-Daudelin aux synthés et aux chœurs.
Puisque Verger est en quelque sorte un hommage aux fruits de la culture québécoise, la chanteuse nous entraîne dans une version à tout le moins inattendue d’un tube de Céline Dion. On ne change pas renaît ainsi avec podorythmie! Qui l’eût cru?

Judith Little-Daudelin dans le spectacle Verger, à la Cinquième Salle.
Bref, en affirmant son identité queer et ses racines culturelles à travers notre terroir musical, Héron contribue au renouvellement de la chanson traditionnelle, ce qui donnera sans doute aux nouvelles générations le goût de la découvrir. Bien joué!
Héron sera au Festival d’été de Québec, le 16 juillet 2026.
*Crédit photo: Victor Diaz Lamich

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