Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Kent Nagano, chef émérite de l’OSM, est de retour à la Maison symphonique pour diriger une version du Requiem allemand de Brahms qui en surprendra plusieurs. «Ein Deutsches Requiem» n’est pas présenté dans sa forme habituelle en sept mouvements, mais plutôt tel qu’il fut créé à la cathédrale de Brême, en Allemagne, le Vendredi saint, 10 avril 1868, sans le cinquième mouvement pour soprano et chœur, qui fut composé plus tard durant cette même année.
En revanche, plusieurs pièces complémentaires, profanes et sacrées, de Bach, Tartini, Schumann et Handel, y sont intégrées, ce qui peut sembler insolite, aujourd’hui.
Les spectateurs qui n’ont pas pris le temps de lire le programme seront sans doute étonnés, entre autres, d’entendre l’Halleluja du Messie de Handel, comme pièce finale de ce concert intitulé: Le Requiem allemand par Kent Nagano. Il faut savoir que le maestro américain a lancé, en 2025, l’album «1868 Bremen Premiere» du «Requiem» de Brahms qui enrichit notre compréhension de la naissance de cette oeuvre.

Ce concert sans entracte s’ouvre donc dans la douceur des cordes et des bois du premier mouvement du Requiem allemand, «Selig Sind, Die Da Leid Tragen» (Heureux ceux qui sont dans l’affliction). Dès les premières notes tout en délicatesse du Choeur de l’OSM, on entre dans un univers de consolation, où l’on entrevoit le passage de l’obscurité vers la lumière qu’on observera à plusieurs reprises dans cette oeuvre.
Si un sentiment d’impuissance et de futilité domine la première partie du 2e mouvement (Car toute chair est comme l’herbe), à travers une sorte de marche funèbre, on est ensuite emporté dans une grande affirmation de foi où le Chœur s’exprime avec ferveur, appuyé par tout l’orchestre.
Au troisième mouvement (Seigneur, fais-moi connaître), on entend pour la première fois de la soirée le baryton Johannes Kammler. Avec sa voix souple et étendue, le chanteur incarne intensément l’homme confronté à la mort qui demande à Dieu de lui donner la sagesse.
Ensuite, le violoniste Alexander Janiczek s’amène sur scène pour interpréter l’Andante du Concerto no 1 de Bach, suivi de l’Andante du Concerto en si bémol majeur de Tartini et de l’«Abendlied» (Chant du soir) de Schumann. Ces trois pièces jouées avec Jean-Willy Kunz, dans des arrangements pour violon et orgue, s’intègrent bien au programme mais, elles sont interprétées de façon plutôt terne par le violoniste qui joue pratiquement dos à dos avec maestro Nagano.

Après Schumann on revient harmonieusement au Requiem allemand où le choeur brille de nouveau dans «Wie Lieblich Sind Deine Wohnungen» (Que tes demeures sont aimables).
Pour respecter la reconstitution de la «version Bremen 1868», on omet le solo de soprano, inspiré par la mort de la mère de Brahms et qui est devenu l’un des morceaux les plus appréciés de cette partition.
L’élégant Kammler réapparaît tel un pasteur venu guider les mortels, dans «Denn Wir Haben Hie» (Car ici nous n’avons pas de cité permanente), avant le tout dernier mouvement (Bienheureux sont les morts).

Cet ambitieux voyage se poursuit avec un extrait de la Passion selon saint Matthieu de Bach. Placée parmi les musiciens au fond de la scène la mezzo-soprano Paula Murrihy interprète «Erbarme dich», un aria de six minutes, ce qui est sans doute un peu trop court pour permettre au public d’absorber un tel changement d’univers musical.
Suivront trois extraits du Messie de Handel. Après le choeur «Kommt her und seht das Lamm» (Venez et voyez l’Agneau), le timbre chaleureux de madame Murrihy illumine un Aria d’espoir (Je sais que mon Rédempteur vit). Puis le Choeur de l’OSM brille une fois de plus dans le flamboyant Halleluja qui, dans notre esprit, est associé à la fête de Noël plutôt qu’à Pâques.

Cette version historique, présentée pour la toute première fois à l’OSM, vendredi soir, est à l’affiche également, aujourd’hui, 4 avril à 14h 30, à la Maison symphonique.

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