Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
La Bohème de Puccini resplendit en ce mois de mai à la Salle Wilfrid-Pelletier! Au coeur de cette production de l’Opéra de Montréal, on remarque d’emblée Lauren Margison dans le rôle de Mimi. Cette soprano à la voix d’or nous donne l’impression d’être véritablement le personnage au destin tragique qu’elle incarne. D’ailleurs, l’ensemble de la distribution est de haut vol.
L’émotion véhiculée dans cette habile mise en scène de François Racine est minutieusement soutenue, du début à la fin, par l’Orchestre Métropolitain, dirigé de main de maître par le chef québécois Simon Rivard. Il faut aussi dire qu’on ne se lasse pas d’entendre cette oeuvre truffée d’airs connus. On a d’ailleurs ajouté une représentation supplémentaire, le 20 mai.
Les chanteurs

La Bohème nous entraîne à Paris au XIXe siècle. Quelques étudiants sans le sou vivent dans une mansarde. Alors que Rodolfo (poète) se trouve seul au logis, Mimi frappe à la porte pour demander du feu pour sa bougie. Soudainement, la jeune femme constate qu’elle a perdu sa clé; tous les deux tentent de la retrouver en cherchant à tâtons, dans la pénombre.
C’est ainsi que leur amour naît. Rodolfo fait les premiers pas en chantant «Che gelida manina» (Quelle petite main glacée!). La scène est bien jouée mais, le ténor Frédéric Antoun ne parvient pas à s’imposer vocalement, ce qui est inhabituel de sa part. Durant toute la soirée, sa voix plutôt éteinte finit par rendre ses interventions ternes.
Quant à Lauren Margison, une ancienne de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, elle a su conquérir le public, dès le premier acte avec un envoûtant «Mi chiamano Mimi» (Ils m’appellent Mimi). Une voix à la fois puissante et d’une grande souplesse, conjuguée à une interprétation où on ne sent aucun effort, aucun jeu!
À leurs côtés, le baryton John Brancy brille en peintre Marcello, alors que sa petite amie Musetta, fait sensation pratiquement à chacune de ses apparitions, grâce au magnétisme de la soprano Andrea Nuñez. Cette femme vaniteuse et prête à tout pour se faire remarquer a provoqué bien des éclats de rire, en ce samedi soir de première. En fait, ce couple chicanier forme un contrepoint cocasse à celui, plus mélodramatique, de Rodolfo et Mimi, la jeune femme étant condamnée par la maladie.
Dans cette belle distribution, on remarque aussi la projection sans failles du baryton Mikelis Rogers en Schaunard (musicien), ainsi que la belle voix de baryton-basse de Jean-Philippe Mc Clish en Colline (philosophe).

Du rythme et de l’émotion
Les imposants décors de Peter Dean Beck se renouvellent d’un tableau à l’autre avec une remarquable efficacité. Par exemple, il suffit de 4 minutes entre les deux premiers actes pour passer de la sombre mansarde des protagonistes, aux rues animées du Quartier latin.
Cela dit, au bout du compte, la magie de La Bohème réside surtout dans le lyrisme de Puccini dont les airs voluptueux sont mis en valeur par des orchestrations somptueuses. Quant au rythme des échanges entre les personnages, il ne s’essoufle pas, de sorte que l’action évolue continuellement. Les spectateurs sont emportés par cette mécanique, puis émus aux larmes par la scène finale où Mimi s’éteint doucement.
En un mot, l’Opéra de Montréal termine la saison avec un spectacle réussi! À ne pas manquer!

La Bohème
Opéra en 4 actes de Puccini
Chanté en italien avec surtitres en français et en anglais
À la Salle Wilfrid-Pelletier, le samedi 10 mai 2025.
Reprises les 13, 15 et 20 mai à 19 h 30 et le dimanche 18 mai à 14 h.
Durée: environ 2 heures 20 minutes incluant un entracte.
*Crédit photo: Vivien Gaumand

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