Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Le Musée des beaux-arts de Montréal présente une exposition de chefs-d’oeuvre de la sculpture romaine de la mythique collection Torlonia. Il s’agit de marbres sculptés il y a environ 2 000 ans. Certains pèseraient jusqu’à 3 000 kilos. C’est la première fois que ces précieuses pièces quittent l’Italie en direction de l’Amérique du Nord. Après des escales à Chicago et à Fort Worth, au Texas, voilà que Montréal est la seule ville canadienne où l’on pourra admirer ces œuvres et ce jusqu’au 19 juillet 2026.

La collection Torlonia a été assemblée, notamment, par le prince et banquier Alessandro Torlonia, au 19e siècle et elle compte plus de 600 œuvres représentatives de la sculpture romaine datant de la République et de l’Empire. De ce nombre, 57 pièces sont présentées à Montréal. 24 d’entre elles ont fait l’objet d’une restauration et sont montrées pour la première fois depuis plus de soixante-quinze ans.
Il faut prévoir au moins une heure quinze minutes pour découvrir ces statues, bustes et sarcophages romains qui nous entraînent dans un fabuleux voyage dans le temps. Lors d’une visite de presse, mardi, Laura Vigo, conservatrice de l’art asiatique et de l’archéologie au MBAM, s’est réjouie qu’on permette ainsi au public «de plonger son regard dans celui des empereurs romains Marc Aurèle, Hadrien ou Commode, et de croiser Hercule, Bacchus ou Cupidon».

Au centre de la première salle du parcours, trône un imposant nu représentant le général Germanicus. C’est le seul bronze de la collection. Il est entouré de murs dont les ornements évoquent la Rome antique. Cet aménagement très réussi contribue à nous entraîner immédiatement bien loin de nos préoccupations quotidiennes.
Après cette entrée en matière, on accède aux autres salles dont les murs sont pour la plupart sans habillage visuel, de sorte que nos regards sont dirigés directement sur les objets exposés. De plus, on a dégagé l’accès aux œuvres de façon à permettre au public de les observer sous divers angles.
les marques du temps

Depuis longtemps, des critiques d’art se plaignent de la restauration d’œuvres de l’Antiquité qui seraient trahies, en quelque sorte, par la blancheur éclatante du marbre auquel nous sommes habitués. Faudrait-il montrer ces chefs-d’œuvre peints et colorés comme à l’origine? C’est là un vaste débat!
Pour sa part, Stéphane Aquin, directeur général, titulaire de la Chaire Fondation Rossy, est admiratif devant la restauration de la collection Torlonia. Monsieur Aquin attire mon attention, entre autres, sur des statues dont les têtes ont été rapportées. «On voit les cicatrices», souligne t-il. «On ne maquille pas! C’est un grand principe de la restauration!»
À ce sujet, la saisissante statue d’une chèvre au repos piquera sans doute votre curiosité. Son corps est antique, mais sa tête couronnée de boucles a été ajoutée au 17e siècle par le sculpteur Gian Lorenzo Bernini. Après un tel ajout, demeure-t-elle véritablement antique?
C’est un exemple des questions qui nous viennent à l’esprit au cours de cette exposition qui porte à réfléchir sur les conceptions classiques de la beauté ainsi que sur l’autopromotion de puissants empereurs et de leurs épouses.
Au-delà de ces considérations, c’est une occasion à ne pas manquer de visiter, à Montréal, une inestimable collection qui était restée à l’abri des regards, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à sa présentation aux musées du Capitole en 2020.
Âgées de deux millénaires et emblématiques de canons artistiques d’une autre époque, ces œuvres d’une grande beauté sont à voir, toutes affaires cessantes!

La collection Torlonia : chefs-d’œuvre de la sculpture romaine
Au Musée des beaux-arts de Montréal
Du 14 mars au 19 juillet 2026
*Photo d’accueil: Sarcophage représentant les travaux d’Hercule. / Photo Agostino Osio

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