La Création: Haydn et Riopelle en communion avec les Grands Ballets

Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal

Les Grands Ballets canadiens présentent jusqu’au 1er mars un spectacle d’envergure intitulé La Création. Cette chorégraphie de l’Allemand Uwe Scholz est interprétée au son du plus célèbre des oratorios de Joseph Haydn.

Dans la fosse, Dina Gilbert dirige l’Orchestre des Grands Ballets et les solistes Andréanne Brisson-PaquinPhilippe Gagné et Clayton Kennedy, tandis qu’un chœur de 28 personnes est réparti de chaque côté de la scène.

Les arias, choeurs et autres morceaux de ce chef-d’oeuvre sont accompagnés de projections de tableaux du peintre québécois Jean-Paul Riopelle. Cette dimension visuelle contribue à apporter une touche distinctive au spectacle de près de 2 heures, qui a été longuement ovationné, lors de la première, jeudi, à la salle Wilfrid-Pelletier.

La Création, spectacle des GB, présenté avec des projections de tableaux de Riopelle

Le langage chorégraphique de cette œuvre du regretté Scholz, conçue au milieu des années 1980, est principalement axé sur la danse classique, ponctuée de quelques mouvements d’inspiration contemporaine.

Alors que cet oratorio inspiré de la Genèse nous transporte du chaos à la lumière, les danseurs incarnent, tour à tour, les forces élémentaires, des figures divines et les premiers humains. Plusieurs passages sont dansés en solo, en duo ou en trio.

Marcel Gutiérrez Morales brille à chacune de ses apparitions, notamment, lors du récitatif d’ouverture de la 2e partie du spectacle. Célestin Boutin fait lui aussi preuve d’une grande précision et d’une intériorité remarquable, entre autres, lors du récitatif «Et Dieu créa l’homme à son image».

Cela dit, l’émotion atteint des sommets surtout dans les numéros réunissant l’ensemble des danseurs, faisant écho aux nombreux chœurs de cette partition grandiose.

Projection de plus de 30 tableaux de Riopelle

À cette communion entre la musique et la danse s’ajoutent les projections géantes d’une trentaine d’œuvres de Riopelle en fond de scène. Huiles sur toile, pastels à l’huile, etc., renouvellent continuellement l’environnement visuel des danseurs.

Par contre, il est bien possible que cela détourne parfois l’attention du public. Devant tant de beautés offertes en même temps, certaines subtilités de la chorégraphie échappent à notre regard.

Tout en évoquant la pureté originelle, les costumes blancs des interprètes contribuent à faire ressortir les couleurs qui émanent des tableaux du peintre montréalais de réputation internationale.

Danseurs : Esnel Ramos et Rachele Buriassi | Photo : Sasha Onyshchenko

Il faut aussi souligner qu’une structure soutenant un imposant dispositif de réflecteurs est utilisée au début de la première partie et vers la fin du spectacle. Cette lourde charpente métallique m’a semblé détonner dans ce récit biblique. Plus encore, au premier mouvement («Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre»), les réflecteurs en question ont été dirigés vers la salle, ce qui a eu pour effet d’aveugler l’assistance durant un moment!

Par ailleurs, il est agaçant d’entendre les solistes sans les voir, alors que ce sont eux qui racontent l’histoire. De plus, la transposition de la musique en danse devient parfois prévisible et lassante. Par exemple, il n’est pas rare qu’on mette l’emphase sur une danseuse au sein du groupe, pour traduire en mouvements ce que chante la soprano soliste.

Cela dit, les solistes ont, somme toute, fait belle figure, au soir de la première. Après quelques passages plutôt hésitants, en début de soirée, la basse Kennedy Clayton a retrouvé son assurance et offert une prestation convaincante tout comme celle du ténor Philippe Gagné et de la soprano Andréanne Brisson-Paquin. Tous les trois, ainsi que l’orchestre, ont été bien servis par une amplification très satisfaisante compte tenu de l’acoustique ingrate de cette salle.

Dina Gilbert a dirigé son équipe adéquatement dans cette partition monumentale. Les violons gagneront sans doute en cohésion, au cours des prochaines représentations.

La Création

Les Grands Ballets canadiens de Montréal

Salle Wilfrid-Pelletier

26, 27 et 28 février à 20h.

28 février et 1er mars à 14h.

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