Marc-Yvan Coulombe / BabillArt Montréal
Du rire contagieux de Papageno aux contre-fa vertigineux de la Reine de la Nuit, La Flûte enchantée s’empare de la Maison symphonique, le temps d’une soirée unique de notre rentrée culturelle. L’opéra le plus populaire de Mozart revivra avec une soixantaine de musiciens et choristes de l’Ensemble Caprice et de l’Ensemble ArtChoral, ainsi que six solistes dirigés par Matthias Maute.
Avec ses talents d’animateur et son humour bon enfant, le maestro interviendra aussi comme narrateur. Les dialogues parlés seront supprimés et remplacés par de courtes interventions du chef d’orchestre, pour aider le public à suivre l’évolution de l’histoire du prince Tamino, perdu dans une terre magique entre le soleil et la lune.
Entretien avec le maître d’œuvre de ce concert présenté sur instruments d’époque.
L’opéra sans flafla
En faisant fi des décors et costumes flamboyants, Matthias Maute veut charmer le public, sans distractions scéniques, en misant essentiellement sur cette partition truffée de morceaux iconiques et quelquefois comiques.
Il faut dire que le musicien et son équipe ont su s’illustrer dans des opéras depuis plusieurs années déjà. On se souviendra qu’en 2020, ils ont reçu des critiques élogieuses pour leur présentation de Motezuma de Vivaldi, à la salle Bourgie et dans plusieurs villes américaines.
En 2024, ils ont gravé sur disque Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, en plus de soulever l’enthousiasme du public avec cette oeuvre, à la salle Bourgie.
Dans ma critique de ce concert, publiée le 30 janvier 2024, je soulignais, entre autres: «(…) maestro Matthias Maute agit comme un narrateur moqueur de cette histoire invraisemblable, au grand plaisir des spectateurs. Bref, sans décor ni mise en scène, l’ensemble montréalais et ses invités ont réussi, haut la main, à envoûter les mélomanes.»

À l’avant-plan: Catherine St-Arnaud, soprano et le maestro Matthias Maute, dans Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, en 2024 / Crédit: Claudine Jacques
Cela dit, après ces rendez-vous baroques, La Flûte enchantée représente un tournant: «C’est la première fois que nous nous lançons dans un opéra classique. Il y a si longtemps que je rêve de ce moment!»
On sent, en effet, que le musicien a mûrement réfléchi à sa vision du spectacle qu’il s’apprête à diriger, en faisant renaître la Reine de la nuit (Suzanne Rigden), sa fille Pamina (Anne-Sophie Neher), le prince Tamino (Colin Ainsworth), le Grand-prêtre Sarastro (Matthew Li), ainsi que Papageno (Olivier Bergeron) et Papagena (Catherine St-Arnaud), qui interprètent un spectaculaire duo au bégaiement syllabique stylisé.
«Quant à Monostatos, je l’ai fait disparaître, car il n’est plus en phase avec notre époque», précise le chef. Rappelons que ce personnage Noir est parfois considéré comme un ancrage raciste du livret de La Flûte enchantée, étant associé à la laideur, à la malice et à la traîtrise.
D’autre part, «il n’y aura pas de déplacements des chanteurs, si ce n’est que le choeur viendra chanter devant l’orchestre et quittera la scène après chacun de ses numéros.»
Enfin, Matthias Maute a écrit lui-même de brefs intermèdes «de trois ou quatre phrases» pour éviter que le spectateur se perde dans ce récit fantastique. Il s’agit là d’une refonte d’importance puisque La Flûte enchantée est décrite comme un opéra singspiel, c’est-à-dire une œuvre de théâtre musical, à la fois parlée et chantée.
«De cette façon, on entre plus rapidement dans l’histoire et on peut jouer les deux actes en deux heures bien rythmées!»
Une nouvelle aventure lyrique
On sait que l’engouement du public pour les opéras en concert gagne en popularité, depuis quelques années. Par exemple, l’OSM et son directeur musical, Rafael Payare, ont attiré des foules nombreuses à plusieurs reprises, depuis 2024, avec des versions concert de la trilogie Da Ponte: Così fan tutte , Don Giovanni et Les noces de Figaro.
Quant au jeune Francis Choinière et l’Orchestre philharmonique et chœur des mélomanes (OPCM), ils ont eux aussi réussi leurs paris avec La Bohème, Carmen et Turandot, à la Maison symphonique.
Cette effervescence interpelle celui qui est à la fois directeur artistique de l’Ensemble Caprice et de l’Ensemble ArtChoral. Porté par cette même volonté de séduire les amateurs d’opéra dans l’acoustique impeccable de la Maison symphonique, Matthias Maute a bien des projets en tête. Bref, avec cette Flûte enchantée, tout indique que c’est une nouvelle aventure qui ne fait que commencer.
La Flûte enchantée (Die Zauberflöte)
Opéra composé par Mozart sur un livret d’Emanuel Schikaneder
Avec l’Ensemble Caprice dirigé par Matthias Maute
À la Maison symphonique, le 10 septembre 2026
*Photo d’accueil: Matthias Maute, directeur artistique de l’Ensemble Caprice

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